Une archive numérisée peut être accessible à tous tout en conservant ses secrets. Pourtant, cette lettre, âgée de plus de deux siècles et adressée au général Marmont, l’un des commandants de Napoléon, vient de révéler les siens. Dans un message publié sur X ce mercredi 30 septembre, l’ingénieur en intelligence artificielle Carter Church explique comment il a déchiffré ce document à l’aide de GPT-6 Astra, un modèle d’intelligence artificielle développé par OpenAI. Selon lui, six heures de travail ont suffi à l’IA. Son récit détaillé, publié le 18 septembre, retrace les étapes de cette enquête, de la lecture des symboles manuscrits à la reconstitution du message.
Tout commence par une reproduction de la lettre, publiée dans un article du lieutenant-colonel J. Vilcoq en 1969 dans la Revue historique des Armées et désormais consultable sur Persée, une bibliothèque numérique française. L’auteur y étudiait les méthodes de chiffrement du Premier Empire, utilisées notamment pour empêcher que le courrier intercepté ne révèle des ordres ou des positions de troupes.
Avant de percer le code, il faut d’abord lire les signes. La lettre commence par une phrase en français, suivie de 24 lignes mêlant chiffres, lettres et symboles inventés. Selon Carter Church, Astra a découpé le scan en lignes pour les transcrire. Le décompte final fait état de 1 300 éléments chiffrés, correspondant à 155 signes distincts. La première difficulté réside dans l’écriture manuscrite : un même signe peut légèrement varier selon la façon dont il a été tracé. L’IA doit reconnaître ces variations pour éviter de traiter comme deux symboles différents ce qui n’est qu’une seule et même entité. Astra a d’abord enregistré 175 traits différents, avant de les réduire à 155 signes.
Il faut ensuite comprendre ce que représente chaque signe. La lettre utilise un chiffrement dit « homophonique » : plusieurs symboles peuvent remplacer une même lettre. L’objectif est de masquer les lettres les plus fréquentes. En français, le « e » revient souvent : s’il était toujours remplacé par un triangle, ce dernier apparaîtrait fréquemment et pourrait trahir le code. En utilisant tantôt un triangle, tantôt un cercle ou un autre signe, sa détection devient plus ardue. Dans la lettre à Marmont, le « e » est représenté par neuf symboles différents.
Pour avancer, Astra s’est appuyé sur des travaux existants. Selon Carter Church, l’IA a trouvé une table établie par Daniel Tant, historien français de la cryptographie, consacrée à ce code et qui donnait déjà le sens de 33 symboles. Ces signes, qui apparaissent plusieurs fois dans la lettre, ont déjà permis de lire environ un tiers du message. Il restait à trouver les correspondances manquantes.
Comment l’IA a recherché les correspondances manquantes
Pour l’étape suivante, Astra a utilisé son propre programme de déchiffrement, selon le récit de l’ingénieur. Celui-ci repose sur la « recuit simulé », une méthode permettant d’explorer différentes clés possibles. Le programme attribue des lettres aux symboles, puis évalue le texte obtenu en fonction des séquences de lettres habituelles en français. Plus le résultat ressemble à une langue cohérente, meilleur est son score. Il modifie ensuite les correspondances et recommence. La particularité du recuit simulé est qu’il accepte parfois temporairement un résultat moins bon. Cela permet de sortir d’une piste prometteuse mais qui ne mène pas à la solution. Au fil de la recherche, certains signes sont également identifiés comme des mots entiers, plutôt que comme des lettres.
Cette méthode existait avant l’IA générative. En 2019, le chercheur Nils Kopal, de l’université de Siegen, avait déjà présenté un outil intégré au logiciel libre CrypTool 2 pour attaquer les chiffres homophoniques, de manière automatique ou avec intervention humaine. Ici, la contribution d’Astra réside dans sa capacité à passer de la lecture du manuscrit à l’utilisation d’un programme pour le déchiffrer.
Une lettre militaire et une date corrigée
Le message retrouvé détaille notamment les positions et les effectifs des forces françaises et alliées face à l’Autriche. Carter Church établit un lien avec un ordre de Napoléon à Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, lui demandant le 16 mars 1809 de transmettre ces informations au général Marmont « par lettre chiffrée et par un officier intelligent ». Ces recoupements placent la lettre dans les derniers jours de mars 1809, soit deux semaines avant l’invasion autrichienne de la Bavière, et non en 1807 comme elle était précédemment datée.
Le résultat a également été examiné par un spécialiste. Selon Carter Church, Satoshi Tomokiyo, qui gère le site de cryptographie historique Cryptiana, a confirmé le déchiffrement. La lettre figure désormais parmi les énigmes résolues, avec sa datation corrigée. Church lui-même reconnaît qu’un cryptographe aurait pu percer ce code avec suffisamment de temps. Ce qui l’a surpris, c’est le travail accompli par Astra à partir d’une image et d’une simple commande : transcrire les signes, trouver une clé partielle, achever le déchiffrement et vérifier le contexte historique. Il a publié la clé et le programme utilisés pour permettre à d’autres d’examiner le résultat.
L'IA déchiffre une lettre militaire vieille de 200 ans grâce à des techniques de cryptage avancées
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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Sources d'origine :
- 🇫🇷Numerama



