Rabat désignée Capitale mondiale du livre de l'UNESCO

La capitale marocaine, Rabat, a été désignée Capitale mondiale du livre de l'UNESCO pour l'année 2026. Ce label vise à promouvoir l'alphabétisation, l'apprentissage tout au long de la vie, la protection du droit d'auteur et la liberté d'expression. Toutefois, cette désignation ne reflète pas un secteur du livre dynamique, qui attend toujours une véritable politique publique.

Les efforts de diplomatie culturelle du Maroc

Le Maroc s'est illustré dans la diplomatie culturelle, en étant l'invité d'honneur de plusieurs salons internationaux du livre, notamment à Paris en 2017 et 2025, à Québec en 2018, à Bruxelles en 2020, à Sharjah en 2024, à Panama en 2025, et à Morelia au Mexique en 2026. Le pays a également intégré cette année le réseau des capitales mondiales du livre.

Les défis du secteur du livre au Maroc

Malgré ces efforts internationaux, le secteur du livre au Maroc fait face à des défis importants. Selon le Haut-Commissariat au Plan (HCP), 240 bibliothèques étaient recensées en 2022, contre 332 en 2021 et 394 en 2014. Cela représente une perte de plus de 150 bibliothèques en près de dix ans.

Des ressources limitées pour le développement des bibliothèques

Le ministère de la Culture a affecté le budget de la Direction de la lecture publique à un programme de soutien à l'édition, destiné principalement à soutenir les librairies et les éditeurs. Il en résulte un manque de moyens pour créer de nouvelles bibliothèques, recruter des bibliothécaires qualifiés, actualiser les collections et organiser des activités permettant de rendre ces lieux accessibles aux citoyens.

Privilégier les événements plutôt que les infrastructures

Le ministère privilégie une approche fondée sur les événements, le Salon international de l'édition et du livre (SIEL) constituant l'événement phare. Créé à Casablanca en 1987, le SIEL a été transféré à Rabat depuis 2022. Son budget est passé de 8 millions de dirhams (environ 800 000 euros) à 45 millions de dirhams en 2024 (environ 4,5 millions d'euros).

Les défis logistiques du SIEL

L'événement a rencontré des difficultés logistiques, notamment la nécessité d'installer un chapiteau temporaire, faute d'équivalent à l'Office des foires et expositions de Casablanca. Les dates de la manifestation sont également devenues flexibles, en fonction du mois lunaire du Ramadan. Les médias officiels font état d'une forte fréquentation du SIEL, avec environ 502 000 visiteurs en 2026 et 3 millions de livres vendus.

Un réseau de librairies fragile

L'événement met en lumière la fragilité du réseau des librairies, avec moins de 750 librairies dans l'ensemble du pays, dont à peine 45 sont indépendantes. L'Association des libraires indépendants du Maroc (ALIM) se bat pour faire labelliser ces magasins selon des critères de professionnalisme, notamment la capacité à conseiller et à organiser des rencontres.

Efforts pour améliorer l'accessibilité des librairies

L'ALIM a lancé une plateforme, Librairiesdumaroc.ma, permettant aux lecteurs de vérifier la disponibilité des livres qu'ils recherchent dans leurs librairies locales. Toutefois, le manque d'informatisation des librairies, qui leur permettrait de partager leurs stocks en temps réel, a freiné le développement d'une fonction d'achat en ligne.

Les pressions économiques sur les librairies

La hausse du prix du foncier, l'augmentation du salaire minimum et l'inflation ont affaibli les librairies, dont les ventes n'ont cessé de s'éroder, avec une accélération notable depuis la pandémie. Certaines ont dû fermer leurs portes, et les bouquinistes disparaissent, privant les lecteurs moins aisés d'un accès aux livres.

La contrefaçon fragilise la filière du livre

La contrefaçon est un problème majeur dans le secteur du livre marocain, touchant aussi bien les livres imprimés que numériques. Des étals informels et des vendeurs ambulants proposent des livres contrefaits à bas prix, ce qui crée une concurrence déloyale pour les librairies. La Librairie nationale, filiale du groupe Hachette Livre, a pu lancer une action contre la piraterie, appelant à une « action nationale contre la piraterie ».

L'inaction face aux lois sur la contrefaçon

Toutefois, aucune étude n'a permis d'estimer le nombre de livres papier piratés en circulation, et aucune mesure n'a été prise pour appliquer les lois existantes contre la contrefaçon. L'inaction des pouvoirs publics face à la piraterie est destructrice : elle fragilise l'écosystème économique et légitime l'informel ainsi que le non-respect de la loi.

La piraterie déprécie le travail intellectuel

La piraterie contribue également à la dévalorisation symbolique du livre et de toutes les réalisations intellectuelles. La convergence de ces problèmes structurels et la prédominance du scolaire dans les caisses des librairies réduisent le livre au Maroc à une temporalité saisonnière, avec une promotion limitée des ouvrages de littérature générale.

L'analphabétisme reste un problème

L'analphabétisme demeure important au Maroc, avec 10 millions de personnes concernées en 2023. Le système scolaire public est critiqué pour reléguer les classes populaires, 300 000 élèves abandonnant chaque année leurs études sans diplôme. Les classes les plus aisées privilégient les établissements étrangers aux écoles publiques.

Les défis de la langue et de l'éducation

Les taux d'analphabétisme sont régulièrement critiqués dans les classements PISA. Le véritable bilinguisme a disparu, remplacé par une maîtrise insuffisante de l'arabe comme du français. L'université n'est plus un espace de recherche et de débat critique, et la presse fait face à des poursuites judiciaires visant les journalistes d'investigation.

Un espace littéraire limité

La critique littéraire a presque disparu, et la place réservée aux livres dans les médias se limite souvent à des interviews ou à des communiqués de presse. La chaîne du livre, qui assure la production et la diffusion des livres et des idées, est incomplète, les distributeurs existants se concentrant sur les livres importés, en particulier les manuels scolaires.

Un soutien limité à la littérature marocaine

Ils ne travaillent pas sur la littérature générale marocaine, qui peine à trouver ses lecteurs. La possibilité de découvrir des livres en librairie ou en bibliothèque est réduite, et aucun écrivain au Maroc ne vit de sa plume, ce qui les pousse à envisager des carrières dans des circuits plus structurés.

Diaspora et propriété intellectuelle

Les droits de certains classiques marocains sont détenus par des maisons d'édition françaises, et le Conseil consultatif de la communauté marocaine à l'étranger est actif dans le soutien à la réédition et à la traduction d'auteurs de la diaspora. Toutefois, le manque de structuration du secteur du livre au Maroc n'est pas seulement une question économique, mais aussi une question démocratique.

L'accès au livre, un droit humain

Les choix de soft power ne devraient pas se faire au détriment de l'accès à ce droit humain fondamental.