Rue d'Aubagne, entre contrastes

À Marseille, la rue d'Aubagne compte des adresses branchées à côté de secteurs marqués par la dégradation, où huit personnes ont trouvé la mort en 2018 lors de l'effondrement d'immeubles. Ce drame est devenu le symbole du problème de l'habitat insalubre dans la deuxième ville de France.

Ouverture du procès de l'effondrement de 2018

Le procès en appel des effondrements de 2018 doit commencer cette semaine. Une quinzaine de prévenus sont concernés, parmi lesquels un ancien adjoint au maire, un expert-architecte et des propriétaires d'appartements dégradés. Les familles des victimes participent au procès.

Un centre communautaire ouvert sur le site du drame

Un « centre de ressources » a été inauguré en octobre sur le site du drame de 2018, dans le but de favoriser les activités collectives et la solidarité. Le centre est installé aux numéros 63, 65 et 67 de la rue d'Aubagne. Liliana Lalonde, qui a perdu son fils Julien dans le drame, a souligné la vocation du centre, qui doit apporter aux lieux « des activités, du dynamisme, de la solidarité et surtout du rire ».

Quartiers branchés et quartiers dégradés ailleurs

La coexistence de vitrines tendance et d'habitations dégradées se retrouve également dans d'autres quartiers de Marseille, comme le Panier ou Belle-de-Mai. Un rapport de 2015 estimait qu'environ 40 000 immeubles à Marseille étaient impropres à l'habitation.

Les progrès de la ville dans la suppression des immeubles dangereux

Audrey Garino, adjointe au maire chargée du logement, a déclaré que « mille immeubles ont été sortis du danger en six ans », reconnaissant que les efforts de la ville commencent à porter leurs fruits, mais que les progrès ne sont pas encore généralisés. Elle a expliqué que les habitants sont désormais plus attentifs à l'état de leur logement et signalent davantage de problèmes, grâce à une meilleure sensibilisation.

Les lenteurs juridiques freinent l'amélioration de l'habitat

Après vingt ans de mandat de Jean-Claude Gaudin, pendant lesquels un élu possédait l'un des immeubles effondrés, l'équipe de gauche de Benoît Payan a créé un service dédié à la lutte contre l'habitat indigne, qui emploie près de 200 agents. Cet effort se heurte toutefois à de longs délais juridiques, selon Audrey Garino.

Les procédures d'expropriation ralentissent les travaux

Les travaux rue d'Aubagne ne font que commencer, car des procédures d'expropriation sont nécessaires, et la loi protège les droits des propriétaires, dont certains se trouvent dans de réelles difficultés. La pénurie de logements sociaux aggrave la situation : Marseille ne compte que « à peine » 22 % de logements sociaux, alors que la loi en exige 25 %.

La SPLA-IN pilote la réhabilitation

Les chantiers de près de 180 immeubles « très dégradés » du centre-ville sont gérés par la SPLA-IN (société publique locale d'aménagement d'intérêt national), qui rachète et réhabilite ces bâtiments, dont 70 % doivent être transformés en logements sociaux. Franck Caro, directeur général de la SPLA-IN, a qualifié ces immeubles de « fous » et a noté que leurs problèmes structurels sont tous très différents.

Un incident récent soulève des inquiétudes sur la sécurité

En juin, les planchers de cinq étages d'un immeuble en cours de rénovation près de la rue d'Aubagne se sont effondrés, et plusieurs collectifs ont lié le décès d'un voisin âgé aux poussières qu'il aurait pu inhaler sur le chantier. Cet incident a suscité des inquiétudes quant à la sécurité des travaux en cours.

Critiques à l'égard de la réhabilitation

Kevin Vacher, membre du collectif Le 5 novembre-Noailles en colère, a reproché à la ville de ne pas tirer les leçons du drame de 2018, affirmant que « on réhabilite en mettant en danger la vie du quartier ». Il plaide pour que les habitants soient associés aux décisions des acteurs publics.

La complexité des défis de construction

Franck Caro a défendu la complexité des chantiers, qu'il qualifie de « travail de dentelle », car les immeubles peuvent être imbriqués : « si vous touchez à la structure de l'un, vous touchez à tous ». Il a également insisté sur l'importance de préserver l'architecture marseillaise dite des « trois fenêtres », « magnifique, traversante et hyper solide », tout en adaptant les logements aux nouvelles normes énergétiques.