Les populations d’oiseaux en France ont connu un déclin significatif au cours des trois dernières décennies. Entre 1989 et 2019, les zones agricoles ont enregistré une baisse de 29,5 % du nombre d’oiseaux, tandis que les zones urbaines ont subi une réduction de 27,6 %. Sur les 123 espèces d’oiseaux communs suivies par le Muséum national d’histoire naturelle, 43 sont actuellement en déclin. La France autorise la chasse de 64 espèces d’oiseaux, un record en Europe, dont un tiers présente un mauvais état de conservation. Malgré la demande de la Commission européenne de suspendre ou réduire la chasse pour sept espèces en déclin d’ici 2025 – comme le Canard colvert, la Sarcelle d’hiver ou le Bruant proyer –, la pratique se poursuit. Par exemple, la population de Blongios nain est passée d’environ 500 couples nicheurs dans les années 1980 à une cinquantaine aujourd’hui, alors que près de 180 000 individus sont encore abattus chaque année. Les défenseurs de l’environnement estiment que la chasse exerce une pression supplémentaire sur des populations d’oiseaux déjà fragilisées par l’agriculture intensive, l’usage de pesticides et la perte d’habitats. Émilienne Grzegorczyk, du Centre d’écologie et des sciences de la conservation (CESCO), souligne l’importance d’identifier les causes principales du déclin et propose de suspendre la chasse comme mesure rapide et efficace. Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au CESCO, compare la poursuite de la chasse des espèces en déclin à « tirer sur l’ambulance », illustrant ainsi l’aspect contre-productif de cette pratique. Dans des zones comme les marais d’Harchies, en Belgique, des oiseaux protégés se déplacent vers des étangs français où ils deviennent vulnérables à la chasse, entraînant des pertes importantes. En 2017, 1 700 oiseaux avaient été recensés la veille de l’ouverture de la saison de chasse, mais 500 avaient disparu le lendemain. Ce phénomène, appelé « paysage de la peur », pousse les oiseaux à éviter les zones de chasse, perturbant leur répartition naturelle et pouvant nuire à leur survie. La chasse peut également entraîner des « pertes non immédiates », où des oiseaux blessés meurent plus tard, un problème peu documenté et non pleinement pris en compte dans les quotas de chasse. Pour certaines espèces, cela pourrait représenter jusqu’à 20 % des effectifs. Par ailleurs, la libération de millions d’oiseaux d’élevage, comme les faisans et les perdrix, peut avoir un impact négatif sur les populations sauvages en introduisant des traits génétiques mal adaptés aux milieux naturels. Les activités de chasse perturbent aussi d’autres espèces, car les coups de feu, les chiens de chasse et la présence humaine peuvent éloigner les animaux de leurs habitats. En septembre 2026, la LPO, une association française de protection de la faune sauvage, a porté plainte après avoir découvert une Sterne naine, une espèce en danger critique, dans la Loire-Atlantique, empoisonnée par du plomb. Bien que l’usage de la grenaille de plomb soit interdit dans les zones humides depuis 2023, l’empoisonnement au plomb touche encore environ un million d’oiseaux aquatiques chaque année dans l’UE.