Lors du sommet Africa Forward à Nairobi en mai, la France a mis en avant l’investissement comme un pilier central de ses relations avec l’Afrique, utilisant des financements publics pour soutenir des projets de développement et préserver ses liens économiques avec le continent. Pourtant, le projet de budget 2027 présenté par le gouvernement Lecornu prévoit une réduction de près de 1,9 milliard d’euros (2,1 milliards de dollars) de l’aide publique au développement (APD), ce qui pourrait affaiblir l’influence commerciale française en Afrique. Les crédits annuels de paiement diminueraient d’environ 400 millions d’euros, bien que ces économies restent soumises à l’approbation du Parlement français. Le président français Emmanuel Macron a souligné que les échanges annuels entre la France et l’Afrique s’élèvent à 64 milliards d’euros, et a appelé à « reconquérir des parts de marché en Afrique francophone » tout en étendant la présence française dans les pays anglophones et lusophones. L’Agence française de développement (AFD) souligne que les contrats remportés à l’étranger permettent de mobiliser les bureaux d’études français, les fabricants d’équipements et les petites et moyennes entreprises (PME). Par exemple, en 2025, un prêt de 781 millions d’euros du Trésor public français a financé l’achat de 18 trains Alstom, dont la production est prévue dans des usines françaises. L’AFD avait auparavant participé au financement de la première ligne à grande vitesse du Maroc. Sur les 14 milliards d’euros d’investissements français annoncés en mai 2026, les opérateurs publics contribuent à hauteur de 1,94 milliard d’euros, principalement sous forme de prêts, de lignes de crédit et de garanties. Un rapport de septembre publié par ODI Global révèle qu’un euro supplémentaire d’aide des institutions européennes est associé à environ 5,05 euros d’exportations supplémentaires de marchandises et 1,78 euro de services, bien que cette association soit plus faible pour l’aide bilatérale. Malgré le maintien des engagements mondiaux de la France à 13,7 milliards d’euros en 2025, l’AFD a recentré ses efforts sur l’Afrique, où les financements ont atteint 4,2 milliards d’euros. Ce changement s’explique par une baisse des ressources publiques, poussant l’agence à privilégier les prêts et à adapter ses interventions en fonction de la capacité de remboursement de ses partenaires. En 2026, les fonds publics alloués à l’AFD pour les prêts à taux réduit ont diminué de 41 %, passant à 488 millions d’euros, selon son rapport semestriel. Christophe Lecourtier, directeur général de l’agence, a indiqué que la hausse des coûts de ses propres emprunts limite les pays et projets qu’elle peut financer, réduisant ainsi sa capacité à soutenir des investissements propices à l’établissement de relations commerciales. Au-delà des crédits français, les conditions de financement offertes par d’autres partenaires bilatéraux et les exigences croissantes des pays africains en matière de renforcement du contenu local devraient également influencer les opportunités de marché pour la France. L’adoption définitive du budget 2027 et sa répartition entre les opérateurs détermineront les moyens disponibles pour la diplomatie économique. Bien que les coupes budgétaires annoncées ne quantifient pas encore leur impact sur les futurs projets africains, la part des grands contrats d’infrastructure remportés par les groupes français face à leurs concurrents reste un indicateur à surveiller. Selon les données de Bpifrance Le Lab, la part de la France dans les importations de biens d’Afrique subsaharienne est passée de près de 8 % en 2000 à 2,5 % en 2022. Le Syndicat des entrepreneurs français internationaux (SEFI) indique que la part du continent dans les revenus internationaux des principaux groupes français du BTP est tombée à environ 5 % en 2024 et 2025, contre jusqu’à 10 % en 2016. Cependant, les revenus africains de ces groupes sont restés à un niveau élevé pendant cinq ans, après un net recul entre 2014 et 2018.