Une ville qui abritait autrefois quelque 4 000 habitants, dotée d’écoles, d’une église, d’un centre commercial et d’une salle omnisports, a été rayée de la carte en quelques mois seulement. Cette localité, connue sous le nom de Gagnon, avait été fondée en 1957 par la Quebec Cartier pour exploiter le minerai de fer du lac Jeannine. À son apogée, la ville logeait des travailleurs et leurs familles, dont la vie dépendait entièrement de l’industrie minière. Pourtant, lorsque la mine a fermé ses portes en 1985, la ville a été entièrement abandonnée et démolie. Entre 1985 et 1986, environ 1 000 bâtiments ont été détruits. Aujourd’hui, il ne reste que quelques vestiges : des trottoirs, des bordures de béton, des plaques d’égout rouillées et la piste d’atterrissage de l’aéroport le long de la route 389. Aucun musée ni ruines visibles ne rappellent l’histoire de cette ville fantôme. Gagnon a été officiellement fondée le 28 janvier 1960 et portait le nom d’Onésime Gagnon, ancien ministre et lieutenant-gouverneur du Québec. La ville avait été conçue pour soutenir les travailleurs chargés d’extraire le fer de la région. En 1977, les réserves de fer du lac Jeannine étaient presque épuisées, mais l’arrivée de l’entreprise Sidbec-Normines a permis de déplacer les activités vers la mine de Fire Lake, située à environ 100 kilomètres au nord-est. Cette solution temporaire n’a pas duré, car les villes bâties autour d’une seule industrie sont particulièrement vulnérables aux fluctuations de cette ressource. La crise mondiale du fer au début des années 1980 a entraîné la fermeture de Gagnon et de Fire Lake. Le 11 octobre 1984, la mine a été officiellement fermée, et la fermeture est devenue effective le 30 juin 1985. Cette décision prévoyait la démolition complète de la ville. Sidbec-Normines, l’entreprise exploitante, a remboursé les dettes de la ville, racheté les entreprises locales et les habitations, et versé 15 000 $ à chaque employé pour les aider à se reloger. Près de 1 000 bâtiments ont été soit déplacés, soit entièrement détruits, certains étant transférés dans des villes voisines comme Port-Cartier. L’été 1985 a marqué le début de la fin pour Gagnon. Les écoles, la clinique médicale et les services de police locaux ont cessé leurs activités. Les services d’eau, de téléphone et d’électricité ont été coupés dans les mois qui ont suivi. La démolition a commencé fin juillet 1985 et s’est poursuivie jusqu’en 1986, affectant presque toutes les rues de la ville. Même l’église, un lieu central pour la vie communautaire, a été démontée, et son clocher a été déplacé ailleurs. Il a fallu attendre 1987 pour que la route 389, qui traverse désormais l’emplacement de l’ancien cœur de Gagnon, soit achevée. Aujourd’hui, il ne reste presque rien de Gagnon. Les voyageurs empruntant la route 389 en direction de Fermont ou du Labrador traversent un paysage surréaliste : un réseau de routes vides encore visibles au milieu de la forêt qui reprend ses droits. Des bordures de béton délimitent des terrains vagues, et des plaques d’égout et des bornes d’incendie rouillées émergent parfois du sol, seuls vestiges d’un réseau urbain autrefois florissant. La route principale et la piste d’atterrissage de l’aéroport, toutes deux adjacentes à la route 389, sont les seuls éléments qui subsistent de la ville. Le site est devenu un monument historique en plein air, sans plaques ni bâtiments, mais il reste un étrange rappel d’une ville qui a vécu, puis disparu sur ordre.