Le Grand Fleuve artificiel libyen achemine chaque jour 6,5 millions de mètres cubes d'eau d'un aquifère ancien, mais sa durabilité est menacée par la surexploitation et les tensions régionales.
L'eau souterraine coule en Libye
Chaque jour, 6 500 000 mètres cubes d'eau douce circulent dans des canalisations souterraines sous le Sahara libyen, soit l'équivalent de 2 600 piscines olympiques livrées en 24 heures à des villes comme Tripoli, Benghazi ou Syrte.Le Grand Fleuve artificiel
Le Grand Fleuve artificiel, un réseau souterrain de canalisations et d'aqueducs long de 2 820 kilomètres, fournit 70 % de l'eau douce utilisée en Libye. Cette eau provient de l'aquifère de grès nubien, un aquifère fossile accumulé au cours de la dernière période glaciaire et qui ne se recharge plus grâce aux pluies.La vaste étendue de l'aquifère
L'aquifère s'étend sous la Libye, l'Égypte, le Tchad et le Soudan. Il renfermerait environ 373 000 milliards de mètres cubes d'eau sur près de 2 millions de kilomètres carrés.Système de forage et de pompage
Le réseau repose sur plus de 1 300 puits forés dans l'aquifère de grès nubien, dont la plupart ont été creusés à plus de 500 mètres de profondeur. Des stations de pompage acheminent l'eau vers le nord, sur une distance pouvant atteindre 1 600 kilomètres entre les champs de captage et la côte méditerranéenne.Origines du projet et phases
Le projet, lancé à Sarir en 1984, a été posé pour la première fois dans la région de Sarir par Mouammar Kadhafi le 28 août 1984, après avoir été conçu à la fin des années 1960. La deuxième phase a débuté le 26 août 1989.Baisse du niveau d'eau et difficultés
Une étude publiée en 2022 sur le champ de captage de Tazerbo, dans le sud-est du pays, relève une baisse maximale du niveau d'eau de 28 mètres en 2019. Ce champ, mis en production en mars 2004, n'alimente qu'environ un tiers de sa capacité prévue. Les chercheurs signalent également un affaissement du sol découvert à une trentaine de kilomètres au nord, ainsi qu'une eau naturellement riche en fer et en manganèse.Avenir incertain de l'aquifère
Les estimations de la durée de vie de la ressource varient. Certaines avancent une durée de 60 à 100 ans au rythme d'extraction actuel, tandis que d'autres vont jusqu'à mille ans. Cet écart tient probablement aux hypothèses retenues sur le volume réellement exploitable et sur le rythme futur de pompage.Risques et dégâts pour les infrastructures
L'incertitude est aggravée par la fragilité du réseau, exposé aux risques propres au pays. En 2011, lors de la première guerre civile libyenne, des frappes de l'OTAN ont visé une usine de fabrication de canalisations liée au projet. Les pompes, les puits et les stations exigent un entretien constant, et chaque interruption affecte directement l'approvisionnement des villes côtières.Concurrence régionale pour l'eau
La dimension régionale complique encore le calcul. Avec son réseau de puits et de canalisations, la Libye a pris une longueur d'avance dans l'exploitation d'un aquifère partagé, au détriment possible de l'Égypte, du Tchad et du Soudan. Des rapports font état de puits asséchés du côté égyptien, ce qui impose de réévaluer les volumes réellement disponibles dans l'aquifère.