L'écrivain et éditeur turc Cem Akaş, 58 ans, est mort quelques jours après son fils. Son héritage comprend des expérimentations littéraires et des traductions d'auteurs du monde entier.
Cem Akaş est mort à 58 ans
Cem Akaş, écrivain, éditeur et traducteur turc, est mort le 28 octobre 2026, à l'âge de 58 ans. Il dirigeait la rédaction de Can Yayınları, une maison d'édition de premier plan, depuis 2018. Sa mort survient neuf jours après celle de son fils de 19 ans, Can Akaş, décédé brutalement d'une insuffisance cardiaque.Jeunesse et formation
Cem Akaş est né le 10 mars 1968 à Mannheim, en Allemagne. Sa famille s'installe en Turquie en 1974. Il étudie le génie chimique à l'université du Bosphore, puis la science politique, notamment à l'université Columbia de New York, où il obtient en 2004 un doctorat consacré à l'histoire politique turque.Carrière dans l'édition et la littérature
Akaş commence sa carrière littéraire en 1987 avec une nouvelle publiée dans la revue Gergedan. Il travaille chez Yapı Kredi Yayınları, l'une des grandes maisons d'édition turques, avant de fonder le G Yayın Grubu. Il dirige également plusieurs revues influentes et enseigne l'écriture créative à l'université Sabancı.Direction éditoriale et héritage
En 2018, Akaş devient directeur éditorial de Can Yayınları, une maison connue pour son catalogue littéraire international et turc. Il occupe ce poste jusqu'à sa mort, supervisant la publication d'œuvres d'auteurs tels qu'Albert Camus, Jean-Paul Sartre et Gabriel García Márquez.Un écrivain de la fiction expérimentale
L'œuvre littéraire d'Akaş traverse les genres, mêlant fantastique, satire et réflexion politique. Son roman 7 (1992) marque son ascension, suivi d'ouvrages comme Gizli Hava Müzesi et Olgunluk Çağı Üçlemesi, qui explorent les transformations radicales de la société. Ses œuvres plus récentes, comme Y (2018) et Zamanın En Kısa Hali (2020), invitent le lecteur à s'engager profondément avec la langue et la mémoire.L'influence de l'expérimentation littéraire
L'écriture d'Akaş est influencée par l'Oulipo, groupe littéraire français connu pour ses contraintes d'écriture. Son travail sur les formes, les omissions et la participation du lecteur le place dans la même tradition que des écrivains comme Enis Batur et Ferit Edgü. Il a traduit des œuvres de Harry Mathews, Susan Sontag et d'autres, les faisant découvrir aux lecteurs turcs.Œuvres récentes et reconnaissance
En 2025, Akaş publie Sözcüklerin Anlamı, un roman qui explore les thèmes du langage et de l'intimité. Son dernier roman a remporté le prix Yusuf Atılgan en 2026, distinction qu'il a reçue alors qu'il était trop malade pour assister à la cérémonie. Il suivait un traitement contre le cancer depuis cinq ans au moment de sa mort.Censure et restrictions dans l'édition turque
Akaş était conscient des difficultés auxquelles se heurte la liberté d'expression en Turquie. Son roman Zamanın En Kısa Hali a été interdit aux mineurs en 2025, une mesure critiquée par l'Union des éditeurs turcs pour ses critères flous. L'organisation souligne les inquiétudes croissantes concernant la censure, notamment les pressions économiques et l'autocensure.Contexte plus large de la liberté d'expression
La situation des éditeurs et des écrivains en Turquie reste tendue. En 2025, la Cour européenne des droits de l'homme a ordonné la libération de l'éditeur Osman Kavala, dont la condamnation à perpétuité a été jugée invalide. La Cour a également condamné la Turquie pour avoir restreint l'accès à certains livres dans les prisons, soulignant la persistance de problèmes liés à la liberté d'expression et à l'accès à la littérature.