Un nouveau livre de journalistes russes révèle les vérités cachées derrière le régime de Poutine et expose les difficultés du journalisme d'investigation en Russie.
Exil et travail à l'étranger des journalistes russes
Roman Badanine et Mikhaïl Roubine, deux journalistes d'investigation russes de premier plan, viennent de publier chez Les Arènes la traduction française de leur livre Le Tsar en personne. L'ouvrage, une analyse historique de 800 pages sur le règne de Vladimir Poutine, retrace le déclin et l'effondrement de l'Union soviétique et s'appuie sur leurs enquêtes sur les élites politiques et économiques russes.Persécution de journalistes par l'État
L'État russe a qualifié Badanine, Roubine et leurs médias, dont le site d'investigation Proekt, d'« agents de puissances étrangères » et d'« organisations indésirables ». Les deux auteurs travaillent désormais depuis les États-Unis, où le FSB continue de les menacer malgré leur exil.Origines du journalisme d'investigation en Russie
La carrière de Badanine a débuté après les attentats qui ont frappé des immeubles résidentiels russes en août et septembre 1999, et qu'il jugeait suspects. Il a quitté le monde universitaire pour le journalisme, convaincu de l'importance de l'enquête journalistique en Russie. Un moment clé fut la révélation, par Sergueï Kolesnikov, de l'existence d'un palais secret de Poutine à Guelendjik, financé par des oligarques russes. Cette affaire a conduit Badanine à créer des départements d'investigation dans plusieurs médias, avant qu'il ne fasse l'objet de poursuites pénales en 2017.Méthodes du journalisme d'investigation en Russie
Les journalistes russes s'appuient largement sur les entretiens téléphoniques et les fuites de données, l'État centralisant l'information. L'accès au cadastre russe (Rosreestr) s'est révélé un outil d'enquête précieux. En revanche, la méthode dite du « door-stepping », qui consiste à assister directement aux événements sur le terrain, est moins praticable, en raison de leur statut d'agents étrangers et de la peur qui prévaut en Russie.Sources et difficultés dans le livre
Le livre s'appuie sur de nombreuses sources, dont beaucoup restent anonymes en raison des risques qu'elles encourent. Les auteurs soulignent l'importance des fuites de données pour vérifier les informations, ainsi que le rôle des sources anonymes dans la crédibilité du travail journalistique, malgré les dangers que représente l'enquête en Russie.Analyse du règne et de l'idéologie de Poutine
Le livre soutient que le pouvoir de Poutine n'repose sur aucune idéologie cohérente, et met en lumière l'écart entre ses déclarations publiques et ses actes. Selon les auteurs, la rhétorique du régime sert de toile de fond à des intérêts personnels et à la volonté de conserver le pouvoir. Ils analysent la guerre en Ukraine comme un moyen pour Poutine de effacer son passé et de se présenter en rassembleur.Contexte historique et actualité récente
Le livre examine les années 1980-1990, que les auteurs considèrent comme essentielles pour comprendre l'actualité russe. Il éclaire également des développements récents, comme le cas d'Alicher Ousmanov, récemment libéré des sanctions, et souligne l'importance de se souvenir de l'histoire politique et de préserver la mémoire collective.Influence mondiale des méthodes politiques russes
Dans le contexte des débats politiques français, le livre met en évidence les méthodes de Poutine pour tester les personnes, illustrées par le cas du prince Albert de Monaco et par la proposition d'un domaine dans les Alpes françaises en échange du soutien de Monaco aux Jeux olympiques de Sotchi. Cela souligne la portée mondiale des tactiques autoritaires et la nécessité, pour les responsables politiques, de les reconnaître et d'y répondre.