Les services européens de contre-espionnage font face à de nouveaux défis alors que les actions de la Russie s'intensifient, ce qui conduit à réévaluer les stratégies offensives et les opérations clandestines.
Tensions historiques avec la Russie
Les tensions croissantes entre la Russie et l'Europe ne datent pas de l'invasion de l'Ukraine. Elles ont toutefois pris une dimension nouvelle et plus inquiétante depuis que les services de renseignement russes mènent, directement ou indirectement, des actions déstabilisatrices en Europe, dont certaines sont violentes.Méthodes traditionnelles de contre-espionnage
Face aux activités russes, mais aussi iraniennes ou algériennes, les services de contre-espionnage ont d'abord adopté leur posture défensive traditionnelle, combinant mesures préventives visant les professions et entreprises les plus sensibles, identification des agents étrangers, expulsions ponctuelles et tentatives de retournement de certains d'entre eux.Retour des actions offensives de renseignement
Au cours des années 2000, la lutte contre les réseaux jihadistes a largement contribué à faire renaître l'esprit des actions offensives au sein des branches des services de renseignement chargées de prévenir les attentats et d'affaiblir les capacités des organisations terroristes. En revanche, la pratique du contre-espionnage, par nature plus discrète, car plus sensible, n'a pas été fondamentalement modifiée.Une réponse orthodoxe à l'agressivité russe
L'agressivité russe à l'égard des États européens est aujourd'hui bien documentée, et la réponse des autorités a jusqu'ici été très orthodoxe. Identifiés depuis longtemps, les membres des services de renseignement russes présents en Europe ont été dûment expulsés, une démarche qui relève à la fois d'une logique opérationnelle (dégrader les capacités de l'adversaire) et d'une forme de « signalement » (démontrer la capacité à détecter les actions hostiles).La prudence du contre-espionnage
Orthodoxe, cette réaction a suivi la logique du contre-espionnage, selon laquelle, plus encore qu'en matière de contre-terrorisme, les conséquences des actions entreprises doivent être anticipées et évaluées avec précision, ce qui conduit de nombreux observateurs à évoquer régulièrement une partie d'échecs. Une grande prudence est systématiquement appliquée, et elle aboutit souvent à une forme raffinée d'inaction.Différences entre contre-terrorisme et contre-espionnage
La mobilisation accrue des services de sécurité et de renseignement dans la lutte contre le terrorisme a accentué, depuis la fin des années 1990, les différences de pratiques, voire de culture, entre les professionnels du contre-espionnage, connus pour leur patience et leur attachement aux règles strictes de compartimentage, et ceux du contre-terrorisme, souvent pressés, soumis à une pression politique extrême et enclins à s'affranchir des méthodes classiques.Évolution de la stratégie du renseignement
Le retour aux actions offensives n'a pas été le moindre des changements mis en œuvre par les services européens depuis le 11 septembre, mais les opérations menées contre les réseaux jihadistes se sont déroulées sur des théâtres de guerre (Sahel, Afghanistan, Syrie/Irak) ou dans des pays où il était possible, et parfois permis, de mener des actions violentes clandestines. Il s'agissait alors de ciblage au sens militaire du terme, dans une logique de neutralisation et de décapitation, et dans des zones où de telles actions étaient politiquement acceptables, voire valorisées.Préparer les nouveaux défis
La montée des tensions avec la Russie et la perspective, désormais assumée publiquement, d'un conflit direct avec elle devraient aujourd'hui inciter les services français, à la lumière des enseignements de la campagne mondiale contre les réseaux jihadistes, qui s'estompe progressivement, et de ceux des opérations ukrainiennes sur les arrières russes, à se préparer à mener de véritables actions offensives contre un adversaire étatique.Retrouver l'ensemble des pratiques du renseignement et de l'action clandestine
L'intensification de la réponse européenne, et particulièrement française, aux activités russes est une réalité tangible. Les interceptions récentes de navires de la « flotte fantôme » ont confirmé que les capacités de ciblage et d'opérations spéciales des forces françaises ont été bien mobilisées et efficaces, du moins dans les zones non contestées.Les défis en milieu contesté
Il faut toutefois se préparer à agir dans ce que les pilotes appellent un milieu contesté, qui, pour le renseignement, prend la forme d'un État autoritaire en guerre et ne respectant aucune des conventions internationales. Luttant pour sa survie, l'Ukraine, dont les forces armées continuent d'innover, donne depuis des mois, voire des années, des leçons en matière de ciblage et de maîtrise de l'action clandestine en profondeur.Comparaisons avec les capacités occidentales de renseignement
L'élimination régulière de responsables militaires ou de scientifiques en plein cœur de Moscou constitue une démonstration technique dont seuls les services américains et israéliens sont vraisemblablement capables en Occident. Quelle que soit l'opinion que l'on porte sur les orientations stratégiques de ces deux États, il faut reconnaître qu'ils disposent de capacités opérationnelles rares, qui conduisent à s'interroger sur celles des services français.