Impact économique des récentes émeutes estimé

Les dégâts économiques causés par les émeutes des 17 et 18 octobre ont déjà représenté un lourd fardeau financier pour les entreprises. Selon les analyses de l'agence de notation Morningstar DBRS, les pertes couvertes par les assureurs pourraient atteindre jusqu'à 1,2 milliard d'euros. Les dégâts comprennent 3 000 magasins endommagés à travers le pays, selon une estimation provisoire du ministre du Commerce, Serge Papin.

Des pertes supérieures aux épisodes précédents

Les dégâts causés par les émeutes des 17 et 18 octobre dépassent ceux d'autres épisodes récents de violences urbaines. Les émeutes de l'été 2023, consécutives à la mort de Nahel, ont entraîné 730 millions d'euros de pertes assurées, selon France Assureurs. Le mouvement des Gilets jaunes en 2018-2019 a produit 220 millions d'euros de pertes assurées, tandis que les émeutes de novembre 2005 ont coûté environ 200 millions d'euros aux assureurs.

Des émeutes comparées à des catastrophes naturelles

L'analyste Marcos Alvarez, de Morningstar, a décrit les émeutes comme devenant « comme des catastrophes naturelles » en France, chaque épisode coûtant chaque année des centaines de millions d'euros de dégâts. Thomas Buberl, directeur général d'Axa, a averti que si les violences se poursuivaient, les assureurs ne seraient plus en mesure de protéger les entreprises. Morningstar DBRS évoque une « perte significative de résultats » pour le secteur de l'assurance, mais pas de crise de solvabilité immédiate.

Des estimations encore provisoires

Ces estimations restent provisoires. La gravité des dommages subis par chaque local commercial et l'ampleur des demandes d'indemnisation pour perte d'exploitation détermineront le montant final, selon Morningstar DBRS. La perte de chiffre d'affaires pourrait toucher de nombreux commerçants dont l'activité a été interrompue par des dégâts ou des fermetures préventives. Dans les contrats d'assurance, l'indemnisation en cas de fermeture partielle ou totale dépend de garanties facultatives.

Sécurité et tourisme affectés

Les marges des commerçants pourraient également être touchées par le renforcement des mesures de sécurité. Le préfet de police de Paris a invité les commerçants de la capitale à faire appel à des agents de sécurité privés. Le secteur touristique devrait lui aussi subir une baisse de chiffre d'affaires, liée au départ de certains touristes, comme cela avait été observé pendant la crise des Gilets jaunes. Franck Delveau, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie d'Île-de-France, a mis en garde contre des annulations pouvant atteindre 10 % dans les hôtels parisiens.

Finances publiques et implications pour la dette

Le coût se fera aussi sentir dans les finances publiques, à travers les bâtiments ou infrastructures publics endommagés, la baisse d'activité ou les mesures de soutien annoncées. Le gouvernement a annoncé un fonds de soutien destiné aux entreprises de moins de 50 salariés ainsi qu'aux entreprises recourant à l'activité partielle. Côté assurance, la question du montant pouvant être recouvré auprès de l'État se posera également. L'effet se fera probablement le plus sentir sur le marché de la dette française. Associées au blocage des discussions à l'Assemblée nationale sur le projet de loi de finances et le projet de loi de financement de la sécurité sociale, les images des derniers jours pourraient avoir davantage entaché la réputation de la France auprès de ses prêteurs. Le taux à 10 ans est passé de 4,80 % à plus de 5,10 % depuis la semaine dernière, ce qui représente un surcoût projeté d'un milliard d'euros d'intérêts l'an prochain.