Marion Bataillard, artiste de 32 ans, revient sur son parcours, du 60e Salon de Montrouge à sa pratique actuelle en Ardèche, mêlant techniques historiques et thèmes philosophiques.
Une artiste revient sur son processus créatif
Marion Bataillard, artiste de 32 ans, a été filmée en 2015 au Palais de Tokyo, où elle évoquait son travail lors du 60e Salon de Montrouge, dont elle avait remporté le grand prix. Dans la vidéo, elle décrit la peinture comme un moyen de se confronter à l'expérience physique et aux limites de la perception, en se concentrant sur la tension entre le visible et l'invisible.Style artistique et thèmes
Les œuvres de Bataillard, comme sa petite peinture Bocage Verdoyant, ont été remarquées pour leur impertinence contemporaine et pour leur manière de renouer avec des thèmes classiques en y ajoutant une touche moderne. Son approche mêle techniques traditionnelles et idées contemporaines, pour créer un langage visuel singulier qui invite le spectateur à reconsidérer le rôle de la peinture dans l'art moderne.Formation récente et influences
Onze ans après la vidéo de 2015, Bataillard poursuit sa pratique artistique. Elle s'intéresse à l'assemblage de petites pièces et explore la matérialité de la peinture sur panneaux de bois plutôt que sur toile traditionnelle. Elle a récemment obtenu un diplôme en Patrimoine décoratif à Avignon, qu'elle relie à son intérêt pour les techniques de la peinture historique et à son désir de créer des œuvres destinées à des espaces architecturaux précis.Influences philosophiques et artistiques
Bataillard reconnaît des affinités avec des artistes minimalistes américains comme Barnett Newman et Robert Mangold, mais elle insiste sur une double nature de son travail : l'aspect matériel de la peinture et sa capacité à produire du sens. Cette dualité apparaît dans Place de la Réunion, peinture de 2023 de grand format, réalisée à la détrempe sur bois, qui présente un trou circulaire évoquant le soleil ainsi que treize figures représentant différents âges, inspirées de la Cène.Influences conceptuelles et philosophie artistique
Dans un entretien, Bataillard a évoqué la notion d'« agapè », une forme d'amour universel, et son influence sur son travail. Elle décrit le tableau comme une hypothèse sur la circulation de l'amour dans l'espace public, construite à partir de rencontres avec des modèles. Elle cite également la philosophie de Simone Weil, qu'elle trouve à la fois éclairante et exigeante, ainsi que l'approche d'Otto Dix, qui considérait la peinture comme une pratique existentielle, privilégiant l'observation directe du réel plutôt que la photographie.Mode de vie et communauté artistique
Bataillard s'est installée dans un village de l'Ardèche, une décision qu'elle qualifie de radicale, motivée par le désir de se rapprocher de la nature et de s'éloigner des pressions de la vie urbaine. Malgré ce changement, son travail continue de refléter les environnements urbains, mais avec une précision croissante et un lien plus étroit avec les paysages naturels qui l'entourent. Elle organise chaque été des ateliers pour artistes, centrés sur le modèle vivant et les techniques traditionnelles, qu'elle juge essentiels pour maîtriser le métier et favoriser un rapport plus profond au réel.Évolution de la pratique et des thèmes
Sa pratique se caractérise par un engagement envers la matérialité de la peinture, l'exploration des techniques historiques et une réflexion philosophique sur les thèmes de l'existence, de l'amour et de la tension entre le quotidien et le transcendant. Le travail de Bataillard continue d'évoluer, témoignant de son engagement profond dans les dimensions à la fois techniques et conceptuelles de la peinture.