Entre les corrections, les réécritures et les créations, les frontières de l’"aide" apportée à un auteur se sont brouillées avec l’essor de l’intelligence artificielle. Écrivain, poète et éditeur, Adnan Algın explore cette question à travers ses archives éditoriales, analysant comment le travail éditorial humain a longtemps impliqué des modifications substantielles des textes, et comment l’IA pourrait complexifier ces pratiques établies. Le rôle des éditeurs a traditionnellement consisté non seulement à corriger les erreurs, mais aussi à façonner les idées, reformuler des phrases, voire modifier la structure d’un récit pour mieux servir la narration.
En 2016, K24, une revue littéraire en ligne basée à Istanbul, interrogeait Levent Cantek, éditeur aux éditions İletişim, sur le processus éditorial. Cantek décrivait alors le travail effectué sur les manuscrits comme incluant « allègement, mise en valeur, réécriture ». Cette description soulève des questions sur le rôle de l’IA dans l’édition, notamment dans le contexte des concours de nouvelles en Turquie, où les réglementations divergent. L’un de ces concours exclut les textes « produits par une intelligence artificielle ou créés principalement à l’aide d’une intelligence artificielle », tandis qu’un autre exige des auteurs qu’ils déclarent que leurs histoires n’ont reçu « aucune aide de l’intelligence artificielle ». Un troisième autorise l’assistance de l’IA dans des domaines précis, à condition que cela soit mentionné dans le formulaire de candidature.
Le terme « aide » (destek en turc) pose particulièrement problème, car il recouvre une grande variété d’interventions éditoriales, allant de la simple correction orthographique à la réécriture intégrale d’un texte. Cette ambiguïté rend difficile l’établissement de limites claires entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas en matière d’implication de l’IA. Adnan Algın, qui a édité des œuvres d’auteurs comme Stephen King, Neil Gaiman ou encore le romancier turc Emrah Polat, donne des exemples concrets de son travail éditorial. Il évoque des cas où il a modifié des mots, reformulé des phrases, restructuré des dialogues, allant bien au-delà de la simple correction. Par exemple, il a transformé « l’accord est conclu, la machine fonctionne comme ça, c’est tout ! » en « Voici comment l’accord est conclu, et voici comment la machine fonctionne, c’est tout. » Il a également remplacé « olasılık » par « ihtimal » pour mieux coller au contexte du texte.
Dans le cas des romans d’Emrah Polat, Algın souligne que, bien que le nom de l’auteur figure toujours en couverture, ses contributions ont été reconnues comme des « contributions importantes à la formation du roman » et des « contributions allant au-delà de la correction ». Cela illustre la relation complexe entre auteurs et éditeurs, où une intervention éditoriale significative peut laisser intact le nom de l’auteur. Historiquement, des interventions éditoriales comparables ont été réalisées par des figures marquantes de la littérature. L’influence d’Ezra Pound sur The Waste Land de T. S. Eliot est bien documentée : les suggestions manuscrites de Pound ont façonné le texte final. De même, les révisions radicales de Gordon Lish sur les œuvres de Raymond Carver, incluant une réduction de plus de 50 % du manuscrit, constituent un exemple célèbre d’intervention éditoriale ayant profondément transformé l’original.
Avec l’arrivée de l’IA, la notion d’"aide" devient encore plus controversée. Si les éditeurs humains ont longtemps apporté des modifications substantielles aux textes, la capacité de l’IA à accomplir des tâches similaires soulève des interrogations sur la paternité et l’originalité. L’utilisation de logiciels de détection de l’IA pour déterminer l’ampleur de l’implication de ces outils dans un texte est également sujette à débat, car les résultats peuvent varier selon les logiciels. La discussion autour de l’IA dans le travail éditorial touche à des questions plus larges, comme celles de la paternité, de la créativité et de la responsabilité. Alors que l’IA continue d’évoluer, les frontières entre l’intervention humaine et celle de la machine dans le processus créatif restent floues, alimentant des débats permanents parmi éditeurs, auteurs et éditeurs.
Frontières éditoriales et IA dans la création littéraire
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
aieditorialauthorshipcreativityliteratureturkey



