Fermetures de bureaux de poste en France

Onze tournées postales ont disparu à Tarbes depuis la mi-septembre, et dans les Landes, des habitants attendent jusqu'à trois semaines pour recevoir leur courrier. Des élus alertent sur la fermeture de centaines de bureaux de poste, en invoquant la baisse des volumes de courrier et les conséquences pour les services publics.

Des postiers décrivent une situation qui se dégrade

À Tarbes, la plateforme de distribution de Bastillac a réduit ses tournées, passant d'environ cinquante à quarante depuis le 15 septembre. Cyril Caperet, secrétaire régional du syndicat CGT FAPT, affirme que les postiers sont dans un état si difficile qu'il n'a jamais rien vu de tel en 15 ans de militantisme syndical. À Dax, une réorganisation engagée fin septembre a conduit à ce que quatre tournées sur cinquante ne soient pas assurées à la mi-octobre, faute de remplaçants.

Baisse du volume de courrier et ses causes

La direction régionale de La Poste évoque une baisse de 18 % des volumes de courrier depuis 2024 et la nécessité d'adapter les moyens au niveau actuel d'activité. Un rapport des députés Jacques Oberti et Jean-René Cazeneuve indique que le volume de courrier est passé de 17 milliards de lettres en 2005 à environ 5 milliards en 2025, avec une projection de 3 milliards en 2030. Si ce recul est indéniable, il n'a pas toujours été un choix des destinataires.

Coûts et impact sur les services postaux

Le réseau postal fonctionne avec des coûts en grande partie fixes : une tournée coûte presque autant qu'elle dessert trente boîtes aux lettres ou trois. Chaque pli en moins augmente le coût des plis restants, selon le rapport. Cela a conduit à des tournées allongées, supprimées, à des départs non remplacés et à une hausse des tarifs. La lettre verte passera de 1,52 euro à 1,67 euro à compter du 1er janvier 2027.

Les parlementaires s'inquiètent

Le 8 octobre, le sénateur communiste Fabien Gay a interrogé le gouvernement sur un projet pouvant conduire à la fermeture de 471 bureaux de poste d'ici à la fin 2027, en rappelant que les bureaux de poste sont souvent les seuls services publics présents dans de nombreux territoires. Le sénateur socialiste Jérôme Darras a critiqué la fermeture prévue de 17 bureaux dans le Nord et de 15 dans le Pas-de-Calais, estimant que la disparition d'un service public ne peut pas se justifier par la rentabilité financière.

Projets futurs pour les services postaux

Le rapport Oberti-Cazeneuve suggère le passage à une distribution du courrier sur quatre jours à partir de 2028 et la suppression de l'obligation de 17 000 points de contact. Ces options ne sont pas encore arrêtées, mais elles indiquent la direction que pourraient prendre les futures évolutions des services postaux.

L'importance des services postaux au-delà de la distribution

La loi actuelle impose une distribution du courrier six jours sur sept sur l'ensemble du territoire, et garantit que 90 % de la population de chaque département se trouve à moins de cinq kilomètres et à vingt minutes en voiture d'un point de contact. Aucun service numérique n'offre une telle garantie. Le courrier ne nécessite ni abonnement, ni équipement, ni mot de passe, seulement une adresse.

L'aspect humain de la distribution postale

Les 65 000 postiers desservent 39 millions de boîtes aux lettres et prêtent serment de respecter l'intégrité du courrier et le secret des correspondances. Ils sont souvent les seuls agents du service public à passer dans des villages sans école ni médecin, incarnant la forme la plus concrète d'une République présente partout.

La distribution physique, une mesure de sécurité

Le 22 décembre 2025, une cyberattaque sans précédent a rendu inaccessibles les services en ligne de La Poste. Le lendemain, les postiers ont poursuivi leurs tournées et la distribution s'est déroulée normalement. Un canal de distribution physique, indépendant des systèmes d'information, n'est pas dépassé : c'est une capacité de continuité.

Le choix des canaux de distribution

La question n'est pas de défendre le papier contre le numérique, mais de savoir qui fait le choix. Si le canal de distribution est fixé par défaut, un réseau qui disparaîtra sans débat est en train de disparaître. Les économies se comptent en millions, mais le coût d'un territoire qui se sent abandonné ne figure dans aucun budget. Rendre le choix au destinataire et financer les obligations imposées à La Poste est la condition pour que le facteur passe encore demain.