Une pierre de 760 kg portant trois écritures, découverte en 1799, a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens et est devenue une pièce maîtresse du British Museum.
Découverte près de Rosette
Le 15 juillet 1799, des soldats français travaillant à la construction d'un fort près de Rachid, aussi connue sous le nom de Rosette, découvrirent une grande pierre sombre couverte d'inscriptions. La pierre pesait environ 760 kg et portait trois inscriptions différentes. Le site, appelé fort Julien, était un ancien lieu mamelouk que Napoléon avait rebaptisé en l'honneur de Thomas Prosper Jullien, assassiné en Égypte.Contexte du site
Les ingénieurs français agrandissaient le fort pour contrôler le delta du Nil, et leurs équipes creusaient les fondations d'une extension. Pierre-François Bouchard, l'officier chargé des travaux, comprit que la pierre n'était pas un bloc de maçonnerie ordinaire et en informa ses supérieurs. En revanche, la date exacte de la découverte, ainsi que la question de savoir si la pierre faisait partie d'un mur ou reposait sur le sol, demeurent incertaines.Les inscriptions de la pierre
La pierre portait le même décret rédigé dans trois écritures : les hiéroglyphes, le démotique et le grec. Le texte remonte à 196 avant notre ère et constituait un décret d'un conseil de prêtres confirmant le culte royal de Ptolémée V, alors âgé de 13 ans. La découverte fut d'abord signalée dans le Courier de l'Égypte, un journal du Caire, et Bouchard envoya la pierre au Caire afin que les savants de l'Institut d'Égypte puissent l'examiner.La diffusion du texte
L'Institut d'Égypte comptait environ 150 savants qui documentaient l'histoire, la géographie et la culture de l'Égypte. Ces savants diffusèrent les inscriptions en réalisant des frottages, des dessins et des moulages, et en envoyant des copies à des experts à travers l'Europe. Ainsi, le texte fut largement connu bien avant que la pierre originale ne change de mains.Le passage aux mains britanniques
En 1801, après la capture d'Alexandrie par les Britanniques, la pierre tomba entre leurs mains. Bouchard, quant à lui, ne connut pas une fin paisible de son séjour en Égypte. Il avait été emprisonné à Damas pendant 42 jours et fut de nouveau capturé lorsque la garnison du fort Julien se rendit aux forces britanniques et ottomanes. Il fut libéré après la guerre d'Égypte et revint à Marseille en juillet 1801.Le déchiffrement du texte
Il fallut 23 ans pour déchiffrer les inscriptions. Le 27 septembre 1822, Jean-François Champollion publia une lettre qui permit de lire les hiéroglyphes. Il s'appuya sur le fait que le même message était répété dans les trois écritures, le grec, déjà compris, servant de clé pour les deux autres.La pierre aujourd'hui
La pierre, exposée au British Museum depuis 1802, est souvent présentée comme l'objet le plus visité du musée. Bien qu'il ne s'agisse que d'un fragment, elle a suscité plus d'intérêt que n'importe quelle momie ou statue de la collection. Le sommet de la stèle et une partie de l'angle inférieur gauche sont manquants, et l'on pense que la partie disparue représentait Ptolémée V faisant une offrande aux dieux. La pierre provenait probablement d'un temple, peut-être de Saïs, avant d'être réutilisée dans les murs du fort.