La France subit des coûts économiques et sanitaires croissants liés à la chaleur : le BTP perd des millions d'heures de travail et des milliards de revenus. Impacts mondiaux importants.
La chaleur affecte les heures de travail en France
Le rapport 2026 du Lancet Countdown met en lumière les conséquences économiques et sanitaires de la hausse des températures en France. Entre 2016 et 2025, l'exposition à la chaleur a entraîné une perte moyenne estimée à 79 millions d'heures de travail potentielles par an, soit une hausse de 85 % par rapport à la moyenne annuelle des années 1990.Le secteur de la construction en première ligne
Le secteur de la construction apparaît comme le principal perdant, représentant près de 60 % des heures de travail potentielles compromises par la chaleur sur cette période. Pour la seule année 2025, la baisse de capacité de travail causée par les fortes températures aurait représenté environ 2,69 milliards d'euros de revenus potentiels perdus en France, dont 49 %, soit environ 1,32 milliard d'euros, pour la construction.Méthodologie et limites
Les 79 millions d'heures correspondent à une moyenne annuelle sur dix ans, tandis que les 2,69 milliards d'euros ne concernent que 2025. La méthode utilisée couvre principalement les activités rémunérées de l'économie formelle et ne tient pas compte de l'ensemble du travail domestique, informel ou non rémunéré. La perte de revenus potentielle est calculée à partir des heures de travail compromises et des salaires sectoriels, avec des hypothèses destinées à combler certaines lacunes statistiques.Impact économique mondial
À l'échelle mondiale, la chaleur aurait entraîné la perte de 573 milliards d'heures de travail potentielles en 2025, soit une hausse de 35 % par rapport à la moyenne annuelle de la période 2006-2015. Le revenu potentiel perdu dans le monde atteint environ 961 milliards d'euros, soit 0,91 % du PIB mondial. Contrairement à la France, où la construction est en tête, l'agriculture représente 38 % des pertes estimées à l'échelle mondiale.Coûts sanitaires en France
Au-delà de la production, le changement climatique entraîne des conséquences économiques indirectes, notamment à travers ses effets sur la santé et la mortalité. En France, la valeur monétaire annuelle moyenne des décès liés à la chaleur chez les personnes de plus de 65 ans est estimée à environ 7,19 milliards d'euros entre 2021 et 2025, soit une hausse de 153 % par rapport à la période 2000-2004. Ce montant équivaut à 457 800 revenus moyens français.Hausse des décès liés à la chaleur
Dans les villes françaises étudiées par le Lancet Countdown Europe, le taux annuel moyen de décès liés à la chaleur a augmenté de 73 pour un million d'habitants entre les périodes 1991-2000 et 2015-2024. À Perpignan, ce taux est passé de 10,7 à 139,2 décès pour un million d'habitants, soit une hausse de 1 184 %. Martigues et Toulouse enregistrent également des hausses relatives importantes, respectivement de 965 % et 919 %.Population et facteurs de risque
En 2023, environ 26,8 millions de personnes vivaient dans les 72 villes françaises incluses dans le champ statistique de l'étude, soit environ 40 % de la population nationale. Parmi elles, 4,7 millions avaient plus de 65 ans et 4,8 millions moins de 15 ans. Le poids démographique des catégories sensibles à la chaleur renforce les enjeux économiques de l'adaptation urbaine, sans qu'il soit possible de déduire un coût budgétaire supplémentaire à partir de ces seules données.Coûts sanitaires mondiaux
À l'échelle mondiale, la valeur monétaire annuelle moyenne de la mortalité liée à la chaleur chez les plus de 65 ans est estimée à environ 287 milliards d'euros pour la période 2016-2025, soit une hausse de 47 % par rapport à la décennie 2006-2015.Progrès de la transition énergétique
Si le changement climatique accroît certains coûts économiques, la transition énergétique produit déjà des résultats mesurables. En France, les émissions de gaz à effet de serre par habitant dans les villes suivies par le Lancet Countdown Europe ont diminué de 42,6 % entre 2000 et 2024. Dans le secteur de l'énergie, la baisse atteint 68 %. En 2023, les sources bas carbone représentaient 90 % de la production nationale d'électricité, mais seulement 46,7 % de l'approvisionnement énergétique total.Dépendance aux énergies fossiles
Le transport routier constitue l'une des principales faiblesses. En 2023, les énergies fossiles fournissaient encore 92 % de l'énergie utilisée sur les routes françaises, tandis que l'électricité ne représentait que 0,5 %. Dans les foyers, le gaz naturel et les combustibles liquides fossiles représentaient 36,5 % de la consommation énergétique en 2023, une proportion en baisse de 18 % depuis 2016. La biomasse nocive représentait 18,7 % de cette consommation.Réduction de la pollution
La mortalité prématurée attribuable aux particules fines PM2,5 issues de la production d'électricité a diminué de 82 % dans les villes françaises entre 2000 et 2023. Tous secteurs confondus, la mortalité attribuable aux particules issues des combustibles polluants a baissé de 52 % sur la même période.Pollution urbaine et bilan carbone
À Paris, la mortalité prématurée attribuable aux PM2,5 issues des combustibles polluants a atteint 86 décès pour 100 000 habitants en 2023, les transports représentant 38 % de cet indicateur. En 2024, la France affichait un solde positif d'environ 3,32 milliards d'euros entre les recettes des mécanismes de tarification du carbone et les soutiens aux énergies fossiles. Pour les 87 pays examinés en 2024, les chercheurs du Lancet Countdown estiment le soutien net mondial aux énergies fossiles à environ 726 milliards d'euros.Végétalisation urbaine et transports
Le réchauffement climatique impose aussi de revoir certains choix d'aménagement et d'infrastructure. En France, les arbres couvraient en moyenne seulement 9,2 % de la superficie des villes étudiées en 2020, alors que la Commission économique des Nations unies pour l'Europe recommande une couverture arborée d'au moins 30 %. Dans la métropole du Grand Paris, 19 500 hectares étaient couverts d'arbres, soit 8,9 % de la zone considérée.Transports et urbanisme
En 2022, les villes françaises ont obtenu une note moyenne de 5 sur 10 pour l'accessibilité à la marche, au vélo et aux transports en commun, contre un seuil de bonne performance fixé à 7 sur 10. Les pistes cyclables dédiées ne représentaient que 9,5 % des voiries étudiées, tandis que 30 % de la zone urbaine se situaient à moins de 250 mètres d'un arrêt de transport public. Entre 2018 et 2020, seuls 14 % des itinéraires cyclables et des voies partagées piétons-cyclistes bénéficiaient d'un ombrage arboré.Adaptations sur le lieu de travail
Pour les entreprises françaises, en particulier celles du secteur de la construction, les résultats du Lancet Countdown soulèvent aussi une question d'organisation du travail. Adapter les horaires, protéger les salariés exposés, rafraîchir les locaux ou modifier certaines pratiques de chantier font partie des réponses possibles à la hausse du stress thermique. Ces choix impliquent des arbitrages entre coûts immédiats, conditions de travail et capacité de production.Financement de la recherche
Enfin, les auteurs de l'étude rappellent que le financement de la recherche sur les liens entre climat et santé demeure un enjeu permanent. À l'échelle mondiale, les fonds consacrés à ces travaux ont atteint environ 284 millions d'euros en 2024, contre environ 38 millions d'euros en 2016, soit une hausse de 655 % sur la période.