Une exposition à Tokyo met en lumière 37 livres et un supplément magazine qui ont été retirés de la circulation commerciale pour des raisons autres que de faibles ventes. Intitulée Les livres disparus des librairies - exposition de livres épuisés ou rappelés, cette manifestation est organisée par le musée du Collège des sciences humaines et sociales de l’université Nihon, dans l’arrondissement de Setagaya à Tokyo. Le terme japonais kaishu, employé dans ce contexte, désigne le rappel de copies en circulation, et non une mesure de censure décidée par les autorités publiques. L’exposition vise à étudier ce qui se passe lorsqu’un éditeur souhaite réintroduire un titre déjà diffusé dans le circuit commercial.
La Bibliothèque nationale de la Diète a annoncé cette initiative le 24 septembre sur son portail professionnel Current Awareness, précisant que les ouvrages sélectionnés avaient disparu des rayons des librairies neuves pour des motifs autres que des ventes insuffisantes. Leur parcours est retracé à travers des avis détaillant les circonstances et les informations disponibles concernant leur retrait. Les raisons de ces retraits incluent des informations incorrectes, du contenu repris sans attribution, ainsi que des scandales impliquant des personnes liées à la publication. Certains titres ont vu leur premier tirage récupéré avant d’être remplacés par une version corrigée, tandis que d’autres ont quitté le marché sans qu’une nouvelle édition ne soit produite. Certains sont finalement restés disponibles ou sont revenus sur les étals après avoir suscité la polémique.
Cette situation complique la tâche de quiconque souhaiterait, quelques années plus tard, reconstituer ces accidents éditoriaux. En effet, le rappel d’un livre ne produit pas nécessairement de nombreuses archives publiques. Selon l’Internet Museum, les libraires et les bibliothèques sont informés lorsque des exemplaires doivent être récupérés, mais l’information circule peu au-delà du secteur. Un retrait définitif de la vente, en revanche, n’est généralement pas annoncé. Même lorsqu’un média en fait état, la trace peut rapidement s’effacer. Il a donc fallu procéder à l’envers : repérer des indices, identifier les ouvrages concernés, puis retrouver physiquement les exemplaires sur le marché de l’occasion. Certains avaient entre-temps acquis une valeur supérieure à leur prix de vente initial. Si leur éditeur d’origine ne les jugeait plus commercialement désirables, ils étaient devenus intéressants pour les collectionneurs.
Retirés de la vente, mais pas forcément introuvables. Le titre de l’exposition mérite donc une nuance. Ces livres ont en effet « disparu » des rayons des librairies neuves, mais plusieurs continuent de circuler entre les mains des bouquinistes. D’autres sont conservés dans des bibliothèques. L’Internet Museum souligne ce paradoxe : les pièces réunies ne sont pas nécessairement rares. C’est précisément ce qui fait leur intérêt. Leur valeur documentaire réside moins dans la difficulté à les trouver que dans ce qu’ils révèlent sur la production des livres et leurs incidents : une erreur découverte trop tard, un emprunt non signalé, une affaire impliquant un collaborateur, une correction d’urgence, un retrait commercial. Les organisateurs estiment que ces cas renseignent sur les problèmes rencontrés par le secteur de l’édition et sur les formes d’expression qu’une société considère acceptables à un moment donné. En d’autres termes, les déchets éditoriaux finissent aussi par produire de l’histoire.
L’exposition, organisée par l’université Nihon et son musée en collaboration avec Teru Agata, directrice de la bibliothèque de l’université d’Asie et professeure spécialisée en sciences de l’information et de la documentation, est gratuite jusqu’au 4 décembre. Trente-sept occasions, donc, de découvrir en vitrine ce que l’industrie avait un jour demandé de retirer des étals.
Une exposition de l'université japonaise met en lumière des livres retirés de la circulation commerciale
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