Les bibliothèques municipales russes pourraient bientôt perdre l’accès à 50 à 70 % de leurs collections en raison d’une nouvelle politique affectant les livres publiés avec le soutien d’organisations désormais qualifiées d’« indésirables », selon un rapport du ministère russe du Développement numérique. Le document indique que, si les procédures d’inspection actuelles sont élargies, les bibliothèques publiques et scientifiques pourraient perdre 10 à 15 % de leurs fonds, mais les bibliothèques municipales seraient bien plus touchées. Cette situation découle de l’application rétroactive de la loi fédérale n° 272-FZ, qui interdit la diffusion de documents publiés ou distribués par ces entités « indésirables ». Le rapport sectoriel 2025 du ministère sur le marché du livre russe souligne que des inspections récentes ont entraîné le retrait de publications financées ou soutenues par ces organisations. Cela a touché des éditions d’auteurs classiques comme Alexandre Pouchkine et Mikhaïl Lermontov, ainsi que des ouvrages d’histoire locale publiés dans les années 1990 et 2000 avec l’aide de groupes désormais ciblés, tels que la Fondation Open Society et le Fonds mondial pour la nature (WWF). Les publications scientifiques, les thèses et les manuels scolaires russes incluant des contenus issus d’universités américaines désormais classées comme « indésirables », dont Yale, Berkeley et Stanford, sont également menacés. Des discussions interministérielles sont en cours pour trouver une solution juridique permettant de maintenir ces livres dans les bibliothèques et sur le marché. Vladimir Grigoriev, directeur du département chargé de la presse et de l’industrie du livre, évoque la possibilité d’adapter l’application de la loi ou de modifier la législation elle-même. Aucune décision définitive n’a cependant encore été prise. Le rapport aborde également le registre des « agents de l’étranger », précisant que les restrictions et obligations d’étiquetage peuvent concerner une publication si une personne désignée comme agent de l’étranger intervient en tant qu’auteur, traducteur ou éditeur. Le ministère propose un étiquetage obligatoire pour ces ouvrages, tout en suggérant que les livres publiés avant la désignation de leur auteur devraient rester accessibles au public, sauf s’ils contiennent des informations interdites. Une règle proposée empêcherait le retrait des œuvres publiées avec le soutien d’organisations « indésirables » avant leur classification, à moins qu’elles ne contiennent également des informations interdites en Russie. Le rapport qualifie ces propositions de « solutions possibles » plutôt que de modifications déjà apportées à la loi. Svetlana Zorina, présidente de l’Association des libraires russes, insiste sur la nécessité de règles claires et transparentes, soulignant que ces ouvrages représentent « une part importante et essentielle de la culture russe ». Boris Kouprianov, président de l’Alliance des éditeurs et libraires indépendants et directeur de la librairie Falanster, qualifie les mesures proposées de « très bonne demi-mesure », qui permettrait de préserver de nombreux titres déjà sur le marché, mais ne réglerait pas le problème des publications parues après la désignation des institutions concernées.