En Polynésie française, les professionnels de l’élagage intensifient leurs interventions à l’approche de la saison des pluies. Depuis quelques semaines, le rythme des travaux s’est significativement accéléré, au point que certains calendriers sont presque complets jusqu’à la fin du mois de novembre. Cette hausse s’explique par une augmentation du risque cyclonique, aggravée par un fort épisode El Niño, qui pousse les propriétaires à sécuriser leurs biens avant d’éventuelles tempêtes. La saison cyclonique en Polynésie française s’étend de novembre à avril, une période marquée par des conditions météorologiques chaotiques, avec des vents violents et des pluies diluviennes. Cette année, le risque d’un Super El Niño pourrait rendre la situation encore plus critique, les autorités devant préciser l’intensité de ce phénomène dans les semaines à venir. Les collectivités locales actualisent leurs plans d’urgence, tandis que les Forces armées de la Polynésie française (FAPF), en collaboration avec la Direction de la protection civile (DPC), ont récemment mené des reconnaissances aériennes au-dessus des vallées de Tahiti et de Moorea pour identifier les arbres susceptibles de bloquer les cours d’eau et nécessitant une taille préventive. Les professionnels de l’élagage travaillent actuellement à plein régime. Les entreprises spécialisées font état d’une nette augmentation des demandes. « Ces deux derniers mois, nous avons reçu bien plus de demandes de devis. Nous sommes pratiquement complets pour les deux prochains mois. D’habitude, nous recevons environ deux ou trois demandes par semaine, mais là, nous en sommes à une dizaine. Aujourd’hui, l’entretien des jardins passe au second plan : 80 % des demandes concernent l’élagage », explique Maimiti Allain, secrétaire-trésorière de Fenua Élagage Jardinage, où l’embauche d’un employé supplémentaire est à l’étude. Des tendances similaires sont observées par Maheanu Tihoni, gérant de Green Pro Tahiti : « Depuis août, nous recevons de plus en plus de demandes liées à la saison cyclonique pour tailler ou abattre des arbres. Nous sommes une équipe de trois, dont un grimpeur, et certains chantiers peuvent durer jusqu’à quatre jours. Demain [jeudi, NDLR], nous irons à Taravao où des arbres menacent de tomber sur un ruisseau près d’un entrepôt, avec le risque de provoquer une inondation. » Particuliers, entreprises, écoles et autres services publics sont tous concernés par cette problématique de sécurité, en zones urbaines comme rurales. Bien que rares, des accidents mortels ont déjà eu lieu, comme ceux survenus à Papeete, Tautira, Moorea ou Rikitea entre 2024 et 2026. « Les personnes qui nous contactent préfèrent anticiper. Nous pouvons avoir jusqu’à trois interventions par jour, selon la taille à réaliser. Il peut s’agir de branches ou d’arbres risquant de tomber sur des habitations ou des zones de passage », précise Teiki Ebb, gérant d’Ofe Jardinage. L’élagage et l’abattage des arbres se font au cas par cas, en fonction de leur position et de leur état. « Nous avons des clients qui entretiennent régulièrement leurs arbres, mais aussi des clients dont les arbres n’ont jamais été taillés, qui nous contactent par crainte pour eux-mêmes ou parce qu’ils ont reçu des plaintes de voisins », souligne Gauthier Salzard, cogérant de Tahiti Élagage. Certaines espèces posent davantage de problèmes que d’autres. « Ce sont souvent des falcatas, des tulipiers du Gabon ou des fromagers, qui poussent sur les pentes et se brisent ou s’arrachent. Ce sont des espèces invasives qui poussent vite mais ne produisent pas de bois très résistant. Elles sont plus sensibles aux anomalies. Il y a aussi le cas des arbres mal taillés, qui pourrissent et s’affaiblissent. La hauteur fait peur, mais couper trop peut aussi être contre-productif », poursuit l’arboriste-grimpeur entre deux interventions à Arue et Pirae. La plupart des travaux se font avec un harnais, parfois avec une nacelle si la situation l’exige. Lorsque les branches ne peuvent pas être descendues au sol, des techniques de rétention sont employées. Dans l’ensemble, les tarifs varient entre 20 000 et plusieurs centaines de milliers de francs, selon le volume et les contraintes de chaque chantier. « C’est un coût, c’est sûr, mais mieux vaut prévenir que guérir. Négliger ses arbres peut entraîner des dégâts bien plus coûteux, comme refaire sa toiture. J’aimerais aussi souligner la valeur de ce métier que nous exerçons avec tous nos collègues : l’abattage et l’élagage sont des professions dangereuses, avec plusieurs aspects de sécurité à prendre en compte entre la hauteur, les outils, les personnes et les biens », conclut Teiki Ebb. L’élagage est un métier exigeant en Polynésie française, où le climat tropical favorise une végétation abondante. À l’échelle du territoire, le chantier est colossal : lors des épisodes de fortes intempéries, des portions de routes sont régulièrement obstruées par des chutes d’arbres. Si le problème est souvent résolu en quelques heures sans faire de blessés, les désagréments peuvent parfois durer plus longtemps pour les usagers. Début d’année, la route de l’Afaahiti a ainsi été paralysée pendant plusieurs semaines. Les câbles électriques et les réseaux d’eau sont également fréquemment touchés.