Une classe de CE2, un cours préparatoire de deuxième année dans le système primaire français, compte désormais moins de vingt élèves. Il y a seulement dix ans, ce chiffre aurait semblé impossible. Depuis 2018, les écoles primaires françaises perdent des élèves année après année, de manière continue et désormais massive. La baisse de la natalité depuis le début des années 2010 est la principale raison de cette diminution persistante des effectifs scolaires. D’ici 2035, le niveau primaire devrait perdre 933 000 élèves, soit une baisse de 15,2 %, avec un total de 1 676 800 élèves en moins dans l’ensemble des niveaux primaire et secondaire. Ce déclin n’est pas dû à des changements dans les politiques éducatives ou à l’enseignement privé, comme on le suppose souvent, mais bien à la baisse de la natalité depuis 2015. Lors du dernier recensement des effectifs, le niveau primaire comptait 6 149 400 élèves, soit 121 600 de moins que l’année précédente dans l’ensemble du système scolaire. Selon les statisticiens de l’Éducation nationale, cela marque une nette accélération du déclin. Pourtant, ce n’était que le début. Pour la prochaine rentrée, le recul attendu s’élève à 160 000 élèves, dont 125 400 au seul niveau primaire, une chute de deux pour cent en un an. Dans une école moyenne, cela signifie que les classes se vident, les inscriptions s’effondrent et les directeurs d’établissement peinent à remplir leurs listes d’attente. Les changements les plus marquants s’observent en maternelle, premier échelon du système scolaire et premier touché par les mutations démographiques. Une perte de 46 500 élèves est attendue à la prochaine rentrée, un recul significatif qui annonce des diminutions futures dans les niveaux élémentaire et secondaire. Les projections officielles pour les dix prochaines années montrent que le niveau primaire passera à 5,22 millions d’élèves d’ici 2035, soit une baisse de 15,2 %. Ce bouleversement va redessiner toute la carte scolaire, avec une diminution globale de 14,2 % de la population scolaire française, ce qui signifie qu’un élève sur six disparaîtra des effectifs en dix ans. Si l’on est tenté de chercher des causes plus visibles ou politiques à ce déclin, comme l’influence de l’enseignement privé ou l’exode rural, ces facteurs ne représentent qu’une infime partie de la tendance générale. Le recul touche toutes les zones, y compris les régions métropolitaines comme Paris et les académies de l’Est et du Nord. La seule exception concerne les lycées professionnels, dont les effectifs devraient légèrement augmenter avant de se stabiliser puis de décliner. Cette exception confirme la tendance démographique plus large qui touche le reste du système scolaire. La baisse continue de la natalité a des conséquences concrètes. Le nombre moyen d’élèves par classe est tombé à environ 21,3 en 2025, ce qui peut sembler bénéfique pour la gestion des classes mais masque le risque de sous-effectifs pour de nombreux établissements. Les écoles pourraient être contraintes de fusionner des classes ou de fermer certains sites lorsque les inscriptions sont trop faibles pour justifier leur maintien. Cette réalité démographique oblige désormais les responsables de l’Éducation nationale à faire des choix difficiles, entre suppressions de postes et réallocation des ressources. Elle soulève aussi la question plus large de l’adaptation du système scolaire français, conçu pour la croissance, à un déclin de long terme.