Shahin Vallée, ancien conseiller économique du président français Emmanuel Macron au ministère de l’Économie, a mis en garde contre l’entrée de la France dans une « zone de danger historique » en raison de l’aggravation des inquiétudes liées à la dette. Au cours des trois dernières semaines, l’écart de taux entre la France et l’Allemagne – mesuré par la différence des taux d’intérêt des obligations d’État à dix ans – s’est significativement creusé. L’Allemagne étant considérée comme l’emprunteur le plus sûr de la zone euro, cet écart, qui était inférieur à 70 points de base (pb) au printemps, dépasse désormais les 110 pb. Cela signifie que la France paie 1,1 % d’intérêt en plus sur sa dette par rapport à l’Allemagne. Vallée a expliqué que cette hausse a des conséquences financières sérieuses pour la France. Sur une période de dix ans, le pays pourrait faire face à un surcoût de dette annuel de 15 milliards d’euros, soit près de 100 milliards d’euros sur la décennie. Ce montant équivaut à environ une fois et demie le budget du ministère de la Justice ou à la moitié de celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Les investissements publics en France s’élèvent à environ 130 milliards d’euros par an. L’écart actuel se rapproche de deux pics historiques majeurs. En novembre 2011, lors de la crise de la dette souveraine européenne, l’écart avait atteint 211 pb. Plus tôt, en 1983, avant l’introduction de l’euro, il avait grimpé jusqu’à près de 700 pb, contraignant le gouvernement du Premier ministre François Mitterrand à abandonner temporairement les politiques économiques socialistes et à mettre en place des mesures d’austérité. Le risque économique est lié à la formule « r > g », où le taux d’intérêt de la dette (r) dépasse la croissance nominale de l’économie (g). Cette situation peut faire augmenter le ratio dette/PIB même sans nouvel emprunt, créant un cercle vicieux. Des taux d’intérêt plus élevés alourdissent le coût de la dette, ce qui peut inquiéter davantage les marchés financiers et pousser les taux à la hausse. Le gouvernement français, actuellement sans majorité parlementaire et en pleine campagne présidentielle, dispose de peu de marge de manœuvre pour répondre à ces défis. L’article 47, alinéa 3, de la Constitution française permet au gouvernement de mettre en œuvre le budget par décret si l’Assemblée nationale ne se prononce pas dans un délai imparti. Toutefois, aucune gouvernement n’a jamais utilisé cette disposition, et elle impose une période d’attente de 70 jours pour les débats parlementaires avant toute action.