Plusieurs nouveaux livres explorent le rôle du langage dans la société moderne, en se concentrant sur son influence dans la vie quotidienne et les conflits qu’il engendre. Le concept de la « danse des mots », autrefois décrit par Jean-Baptiste Mondino, s’est mué en une « guerre des mots ». Cette évolution se reflète dans plusieurs ouvrages portant le même titre, notamment ceux d’universitaires comme George Lakoff, Barbara Cassin, Selim Derkaoui et Nicolas Framont. Ces livres analysent l’impact du langage dans divers domaines, qu’il s’agisse de conflits politiques ou d’expériences personnelles. Adèle Haenel, qui a récemment publié Viser juste, aborde la suppression et l’effacement de la voix d’un enfant après des violences subies. Son utilisation du terme « génocide » pour décrire la situation à Gaza lors d’une émission télévisée en direct a entraîné une mesure de censure. La sémioticienne Cécile Alduy, dans son essai D’abord, ils sont venus chercher les mots, souligne que le langage n’est pas seulement un outil superficiel, mais une composante fondamentale des liens sociaux et un vecteur par lequel nous pensons et nous comprenons nous-mêmes. Elle met en garde : corrompre le langage peut saper les fondements de la pensée, de la liberté d’expression et de la vie démocratique. L’extrême droite est décrite comme employant une stratégie de « destruction sémantique », recourant à un langage qui nie les vérités évidentes, simplifie les enjeux complexes et étouffe les voix dissidentes. Le philosophe François Jullien, dans son essai À toi qui n’as pas renoncé à penser, appelle à résister à la banalisation des idées dans les médias en défendant le courage de la pensée critique. Barbara Cassin, dans son nouvel ouvrage sur le vieillissement et le langage intitulé Les mots qui fuient, observe que certains mots nous échappent, soulignant l’importance de préserver un langage qui nous protège de la contamination linguistique et mentale. Ces mots précis et porteurs de sens sont essentiels pour construire une compréhension partagée du monde. La transition vers une nouvelle ère linguistique, comme le soulignent Adèle Haenel, Cécile Alduy, François Jullien, Barbara Cassin et d’autres, met en lumière la nécessité de protéger les mots qui nous préservent des défis sociétaux actuels. Leurs réflexions collectives soulignent l’importance du langage non seulement comme moyen de communication, mais aussi comme pilier de l’identité, de la liberté et de la cohésion sociale.