Le géant du transport maritime CMA CGM, propriétaire du groupe médiatique CMA Media incluant BFM Business, a décidé de revoir son plan d’expansion de sa flotte sous pavillon français. Cette modification intervient en réponse à une taxe exceptionnelle proposée sur les bénéfices des grandes entreprises, prévue dans le budget français de 2027. L’entreprise va réduire son expansion pour éviter cette taxe, qui s’appliquerait aux sociétés dont les profits dépassent 2,1 milliards d’euros. Sept grands porte-conteneurs, dont la livraison était prévue entre 2027 et 2028, ne seront plus immatriculés sous pavillon français, a confirmé une source officielle, reprenant des informations rapportées par Le Monde et Le Marin. CMA CGM avait pourtant affiché un engagement fort lors de la Conférence maritime de La Rochelle en novembre 2025, en présence du président français Emmanuel Macron. À l’époque, l’entreprise s’était engagée à augmenter d’un tiers sa flotte immatriculée en France, passant de 30 à 40 navires, en enregistrant dix nouveaux porte-conteneurs sous le pavillon de la marine marchande française, le RIF. Cet engagement avait été réaffirmé devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale en juin 2026. Jusqu’à présent, les trois premiers navires — CMA CGM Notre Dame, CMA CGM Pantheon et CMA CGM Orsay — ont été immatriculés sous le RIF et opèrent désormais sous pavillon français. Les sept autres — CMA CGM Luxembourg, Versailles, Pont Neuf, Austerlitz, Cluny, Longchamp et Nation — devaient être livrés d’ici fin 2028. La décision d’immatriculer les navires restants sous un pavillon offrant moins d’obligations sociales a été communiquée aux syndicats la semaine dernière par le biais du comité social et économique (CSE) de l’entreprise, selon AFP. Le pavillon RIF impose que les officiers à bord soient européens, ce qui a entraîné des coûts supplémentaires pour CMA CGM. Les trois premiers navires emploient des officiers français, ce qui représente un surcoût d’environ 1,75 million d’euros par navire et par an. L’entreprise a indiqué que le pavillon français est plus coûteux à exploiter que d’autres. La taxe proposée dans le budget 2027 s’appliquerait aux entreprises dont les profits dépassent 2,1 milliards d’euros, d’après Le Monde et Le Marin. Contrairement à 2026, le secteur maritime serait concerné par cette nouvelle imposition. CMA CGM, entreprise familiale dirigée par Rodolphe Saadé et sa sœur Tanya Saadé-Zein, a précisé qu’elle ne verse pas de dividendes et réinvestit la majorité de ses bénéfices dans l’entreprise. Pour financer cette nouvelle taxe, l’entreprise devra « revoir ses enveloppes d’investissement en France et à l’étranger », selon une source officielle. CMA CGM est le troisième plus grand transporteur maritime de conteneurs au monde, derrière le groupe italo-suisse MSC et le danois Maersk, et devant les chinois Cosco et les allemands Hapag Lloyd. Un porte-parole a souligné que ses concurrents danois, suisses et chinois ne sont pas soumis à cette nouvelle taxe, et que pour rester compétitive, l’entreprise doit réduire certains coûts. L’entreprise prévoit également de continuer à recruter des officiers issus de l’École nationale de la marine marchande (ENSM) pour accompagner le renouvellement du personnel. Dans l’ensemble, CMA CGM bénéficie d’un régime fiscal spécial appelé taxe à l’activité, qui applique un forfait basé sur le volume de marchandises transportées par sa filiale maritime, et non sur ses bénéfices. Ce système fiscal existe dans de nombreux pays dotés de marines marchandes, comme la Grèce, et a été critiqué pour offrir aux armateurs un avantage significatif, notamment en période de forts profits. CMA CGM a fait remarquer qu’elle paie cette taxe à l’activité depuis plus de vingt ans, y compris pendant des périodes de déficit. L’entreprise souligne également que la taxe sur les bénéfices proposée ne s’appliquerait qu’à ses activités françaises, qui représentent 2 à 3 % de ses revenus mondiaux, tandis que la taxe à l’activité couvre l’ensemble de ses activités maritimes.