Origines du prix Renaudot

En 1925, un groupe de journalistes et de critiques, frustrés par le processus de sélection de l'Académie Goncourt, fonde le prix Renaudot, qui porte le nom de Théophraste Renaudot, fondateur de La Gazette en 1631. Le premier lauréat du Renaudot est annoncé en 1926, et la tradition consistant à annoncer le prix dans le même restaurant que l'Académie Goncourt perdure depuis un siècle.

Rituel et rivalité

Le 3 novembre, le jury du Renaudot annoncera son lauréat à 12 h 45, un rituel qui n'a pas changé. Le jury du Renaudot, composé de critiques, se distingue de celui du Goncourt, constitué d'écrivains, ce qui alimente une rivalité qui dure depuis des décennies.

La reconnaissance d'œuvres sous-estimées

Le prix Renaudot a souvent récompensé des œuvres que l'establishment littéraire avait d'abord négligées. Ainsi, J.M.G. Le Clézio et Annie Ernaux, tous deux lauréats du Renaudot, ont ensuite reçu le prix Nobel de littérature. Le Clézio siège aujourd'hui au jury du Renaudot, ce qui renforce encore le statut de cette institution à l'identité propre.

Élargir la portée du prix

Le prix a également étendu son champ d'action, avec une version destinée aux lycéens depuis 1992 et un prix pour les livres de poche depuis 2009. En septembre 2024, le jury du Renaudot comptait deux romancières camerounaises, Hemley Boum et Osvalde Lewat, une première pour la presse camerounaise.

Polémique et impact commercial

Par ailleurs, l'Académie Goncourt a écarté le roman C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien, accusé de plagiat et d'avoir recouru à l'intelligence artificielle, une accusation que l'auteur conteste. Malgré cela, le Renaudot a maintenu le roman dans sa deuxième sélection, ce qui met en lumière la démarche distincte des deux jurys.

Centenaire et défis à venir

Selon les données de NielsenIQ BookData relayées par Livres Hebdo, le lauréat 2025 du Renaudot, Je voulais vivre d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre, s'est vendu à environ 201 000 exemplaires, ce qui témoigne de l'influence commerciale du prix. Toutefois, le statut institutionnel croissant du Renaudot a également soulevé des questions sur d'éventuelles connivences avec de grandes maisons d'édition. Le centenaire du prix Renaudot offre au jury l'occasion de réaffirmer sa mission d'origine, à savoir contester les choix du Goncourt, tout en s'interrogeant sur l'évolution du rôle de l'auteur à l'ère de l'intelligence artificielle.