Le prix Renaudot fête ses 100 ans, célébrant un siècle d'histoire littéraire et sa réputation d'« anti-Goncourt », avec ses choix imprévisibles et ses lauréats emblématiques.
Décision du centenaire du prix Renaudot
Le jury du prix Renaudot désignera mardi 3 novembre le successeur d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre, lauréate 2025 pour son livre Je voulais vivre (Grasset). Cette décision marque le centenaire du prix, passé d'une plaisanterie de journalistes à un grand événement littéraire.Les origines du prix Renaudot
Le prix Renaudot a été créé en 1926, après que des journalistes et critiques réunis au restaurant parisien Drouant, pendant les délibérations du prix Goncourt, eurent plaisanté à l'idée de créer leur propre récompense. Il porte le nom de Théophraste Renaudot, fondateur de La Gazette, premier journal français.Le caractère singulier du Renaudot
Le prix Renaudot partage certaines traditions avec le prix Goncourt, notamment le calendrier de son annonce et le processus de sélection. Il s'est toutefois forgé une réputation d'« anti-Goncourt » en privilégiant des choix peu conventionnels et en n'offrant aucune récompense financière, contrairement au chèque de dix euros du Goncourt.Le premier lauréat et la réédition du centenaire
Le premier prix Renaudot a été attribué en 1926 à Armand Lunel pour Nicolo-Peccavi ou l'Affaire Dreyfus, un roman consacré à l'affaire Dreyfus. Pour marquer le centenaire, le livre a été réédité en 2026 avec de nouvelles préfaces de Manuel Carcassonne et une introduction inédite.L'impact littéraire du Renaudot
Le prix Renaudot a servi de tremplin à des œuvres novatrices, comme Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline en 1932 ou La Modification de Michel Butor en 1957. Il a également récompensé de jeunes talents, comme Jean-Marie Gustave Le Clézio à 23 ans, puis Georges Perec et Danièle Sallenave.Renaudot et Goncourt : rivalité et points communs
Si les prix Renaudot et Goncourt sont souvent en concurrence, ils entretiennent aussi des liens. De nombreux lauréats du Renaudot ont figuré sur les listes de finalistes du Goncourt, et certains lauréats du Goncourt ont siégé au jury du Renaudot. Les deux prix s'influencent mutuellement, leurs membres passant d'un jury à l'autre.L'imprévisibilité et les polémiques du Renaudot
Le prix Renaudot est connu pour son imprévisibilité, choisissant parfois ses lauréats en dehors de la liste finale. Il a toutefois essuyé des critiques concernant la transparence de ses choix et l'influence de certains membres du jury. Le prix souffre aussi d'un déséquilibre entre les sexes : seules trois femmes siègent parmi les dix membres du jury, et le nombre de lauréates y est inférieur à celui d'autres prix.Les progrès du Renaudot en matière d'égalité
Malgré une histoire marquée par la domination masculine, le prix Renaudot a progressé dans la reconnaissance des femmes. Quatre des six derniers lauréats sont des femmes, et il fut en 1930 le premier prix littéraire français à couronner une femme. Seules 18 femmes ont remporté le prix au cours de son histoire, dont la prix Nobel Annie Ernaux.