Le CNC suspend son fonds pour les créateurs de vidéos après une polémique, suscitant des craintes d'effondrement d'une économie culturelle naissante et des appels à un soutien public renouvelé.
Suspension du fonds de soutien, inquiétudes dans le secteur
Le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) a suspendu en avril 2026 son fonds de soutien aux créateurs de vidéos, à la suite de propos controversés tenus par une streameuse qui faisait alors partie du comité de répartition des aides. La décision suscite la crainte que certains formats vidéo ne soient plus viables, et certains créateurs y voient un manque de considération de la part de cet organisme public de financement culturel à l'égard du secteur de la création sur internet.Les déclarations d'une streameuse entraînent son éviction
En mars 2026, la streameuse Ultia, nouvellement nommée au comité du CNC chargé du fonds de soutien aux créateurs de vidéos, a déclaré sur Twitch qu'elle rejetterait les projets d'extrême droite et privilégierait ceux des « gens qu'elle aime bien ». Elle a rapidement été écartée du comité, un épisode qui a suscité des critiques de la part des opposants à l'institution publique et provoqué une vague de harcèlement en ligne contre ses membres.Un programme d'aide suspendu après la polémique
La polémique a conduit Gaëtan Bruel, président du CNC, à suspendre le programme d'aide. Six mois après la suspension du fonds de soutien à la création sur les plateformes sociales, anciennement connu sous le nom de CNC Talent et doté d'un budget annuel de 3 millions d'euros (0,37 % du budget total du CNC), les créateurs de vidéos sont toujours privés de financement public. Cela fait près d'un an que le secteur n'a reçu aucune aide.Des créateurs alertent sur le déclin d'une économie culturelle
Des dizaines de créateurs de vidéos, notamment ceux du collectif du 11 avril, craignent la « disparition de toute une économie culturelle émergente » et réclament la réactivation du soutien financier. Charlotte Vautier, réalisatrice de documentaires, qui a reçu 30 000 euros du CNC en septembre 2025, explique que cette aide lui a permis de « payer correctement un monteur compétent » ou d'améliorer le rendu visuel de ses vidéos.La perte de soutien freine le développement créatif
Marie Treibert, médiatrice scientifique, affirme que le fonds du CNC l'a aidée à se faire un nom et à « tester des langages de communication créatifs », comme des dessins ou des maquettes. Sans ce soutien, « c'est flou », dit-elle, et elle devra accepter davantage de petits contrats, avec moins de temps pour développer ses projets.Ambitions revues à la baisse et uniformisation des formats
Jean Massiet, communicant politique et créateur de l'émission Backseat sur Twitch, dit devoir « réduire l'ambition » de son programme pour limiter les coûts, notamment en divisant par deux le nombre de techniciens sur le plateau. Roxane Tyrbas, avocate des créateurs de contenus et auteure d'un rapport remis au CNC, affirme que la fiction, l'animation, les formats longs et les projets liés à l'histoire ou à la science sont les plus touchés par la disparition du soutien public.Financement public contre intérêts privés
Mme Tyrbas explique que le soutien public est « une subvention fondée sur la qualité artistique du projet », tandis que les annonceurs privés, autre source de revenus pour les créateurs de vidéos, privilégient « la performance et la rentabilité ». Le risque, prévient-elle, est une « uniformisation des formats et des profils ».Un avenir incertain pour le secteur
Amélie Deloche, cofondatrice de Paye ton influence, un collectif qui lutte contre les dérives du secteur, estime que les décisions du CNC sur le financement, attendues début novembre, « détermineront quels types d'influenceurs seront les plus populaires dans quelques années ». Elle souligne que les jeunes s'appuient sur les créateurs de vidéos pour s'informer et apprendre, et qu'ils doivent disposer des moyens d'être fiables et indépendants des annonceurs privés.Le CNC attend la publication d'un rapport
Sollicité, le CNC a refusé de commenter avant l'annonce de ses décisions et la publication d'un rapport de Maxime Boutron, conseiller d'État chargé d'examiner l'adaptation des aides à la création sur les plateformes sociales. Les conclusions de cette mission sont attendues dans quelques semaines.YouTube France réclame davantage de financements
Justine Ryst, directrice de YouTube France, souhaite elle aussi un meilleur soutien aux créateurs et, interrogée par Challenges, a exprimé l'espoir de « dix fois plus » de financements que les 3 millions d'euros alloués en 2026.