Les plateformes de streaming adaptent les classiques littéraires

Les plateformes de streaming multiplient les adaptations en série de classiques de la littérature, comme À l'est d'Éden, Carrie ou Orgueil et Préjugés. Ces nouvelles adaptations peuvent rester fidèles aux œuvres originales tout en les revisitant selon des regards contemporains, selon Dennis Tredy, professeur à la Sorbonne Nouvelle.

Des adaptations de prestige portées par des femmes

On assiste à un retour des « adaptations de prestige » portées par des femmes qui apportent de nouveaux regards sur les personnages féminins. Zoe Kazan fait de Cathy Ames la protagoniste principale de la version Netflix d'À l'est d'Éden, pour la première fois. Netflix a dévoilé À l'est d'Éden, tiré de John Steinbeck, avec Florence Pugh, Christopher Abbott et Mike Faist, le 1er octobre.

Nouveautés sur les services de streaming

Prime Video a suivi avec Carrie, tiré de Stephen King et réalisé par Mike Flanagan, le 7 octobre. Orgueil et Préjugés de Jane Austen arrivera sur Netflix quelques semaines avant Noël.

La télévision comme un roman

La télévision se rapproche du roman, observe Dennis Tredy, maître de conférences en littérature américaine et en adaptation à la Sorbonne Nouvelle. Les épisodes ressemblent un peu à de nouveaux chapitres. Révélations, rebondissements... Comme les best-sellers, les séries savent nous donner envie de passer au chapitre suivant, quitte à réorganiser le récit.

La durée permet un récit plus approfondi

Leur autre atout est la durée. Lorsqu'un film doit élaguer des centaines de pages, six ou huit épisodes laissent place aux intrigues secondaires. En 2016, la BBC a consacré six épisodes à Guerre et Paix de Tolstoï. La même logique s'applique à À l'est d'Éden. Alors qu'en 1955, Elia Kazan s'était concentré sur la fin du roman et sur Cal Trask, incarné par James Dean, sa petite-fille Zoe Kazan embrasse davantage la saga familiale.

Des personnages plus complexes dans les adaptations

« Les personnages peuvent être bien plus développés », observe Dennis Tredy. Selon lui, dans cette nouvelle version de Carrie, la mère et les harceleurs gagnent en complexité au-delà de leur rôle de « méchants ». La série peut raconter davantage qu'un film, mais aussi déplacer le point de vue. Dans À l'est d'Éden, Cathy Ames, incarnée par Florence Pugh, n'est plus seulement le personnage malveillant décrit par Steinbeck.

Actualiser les histoires pour les temps modernes

La showrunneuse a choisi d'explorer son passé et ses blessures, là où le film de son grand-père lui accordait moins de place. Carrie, de son côté, transpose le harcèlement subi par son héroïne à l'ère des réseaux sociaux. « Chaque adaptation peut refléter davantage l'époque de l'adaptation que celle de l'œuvre originale », insiste le spécialiste. Cette réinterprétation n'exclut pas la fidélité.

Fidélité et élargissement

À l'est d'Éden reprend une grande partie du roman tout en enrichissant certains personnages. En 2017, La Servante écarlate, tiré de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss, avait déjà suivi de près le livre dans sa première saison, tout en lançant des intrigues destinées à se poursuivre au-delà du texte original.

Une longue histoire des adaptations de prestige

Pour le chercheur, cette double possibilité fait l'intérêt du format. Le retour des adaptations de prestige n'est pourtant pas nouveau. Dans les années 1970 et 1980, les grandes chaînes américaines et britanniques produisaient déjà des mini-séries ambitieuses, comme Racines (1977). Des événements télévisuels dotés de moyens considérables.

Évolution de l'ère de la « Prestige TV »

En 1995, Orgueil et Préjugés, avec Jennifer Ehle et Colin Firth, devient un phénomène sur la BBC. Après l'ère de la « Prestige TV », illustrée par Les Soprano (1999-2007), et la multiplication des séries sur les plateformes, Dennis Tredy parle désormais d'« adaptations de prestige ». Les plateformes se tournent vers de grands textes avec des acteurs de cinéma et d'importants moyens de production.

Des femmes qui façonnent les nouvelles adaptations

« Mais un plus grand nombre d'épisodes garantit-il forcément une meilleure adaptation ? » « Si on en a les moyens, je le crois », répond Dennis Tredy, avant de nuancer. Car tout dépend de ce que l'on attend d'une adaptation réussie. Un film peut aussi trouver sa force dans les choix qu'il impose.

De nouvelles voix dans l'adaptation

Sans y voir la raison principale de cet engouement, Dennis Tredy relève une autre évolution : la place des femmes dans l'écriture de ces nouvelles adaptations. Zoe Kazan revisite le roman adapté au cinéma par son grand-père, Dolly Alderton signe la version 2026 d'Orgueil et Préjugés, tandis qu'Emma Frost prépare pour Netflix une nouvelle série tirée de Le Temps de l'innocence d'Edith Wharton, après le film de Martin Scorsese en 1993. De nouvelles voix pour revisiter des personnages féminins longtemps filmés par des hommes.

Un changement de point de vue au fil du temps

En 1955, Elia Kazan avait fait de Cal Trask le centre de son film. Soixante et un ans plus tard, sa petite-fille choisit de suivre Cathy Ames. Entre les deux versions, il n'y a pas seulement une différence de durée, mais aussi de point de vue.