La simulation d'un arrêt cardiaque chez un patient de 76 ans souligne l'importance du travail d'équipe et de l'apprentissage par l'erreur dans la formation en santé.
Simulation en milieu hospitalier
Un homme de 76 ans est hospitalisé dans le service de médecine générale de l'hôpital de Forcilles. Il est obèse, diabétique et souffre d'insuffisance cardiaque. Une infirmière et une aide-soignante entrent dans sa chambre pour la ronde du soir.Intervention d'urgence pendant la simulation
« Bonsoir, monsieur Deschamps, nous venons vous apporter vos médicaments », annonce Clarisse, l'aide-soignante, en entrant dans la chambre. « Monsieur Deschamps ? Monsieur Deschamps ? Serrez-moi la main ! Ouvrez les yeux ! Il ne répond pas », dit-elle à Cyprien, l'infirmier. « Je commence le massage cardiaque. »Appel à l'aide
Pendant ce temps, Cyprien appelle le médecin urgentiste. La docteure Leila Lavagna, médecin urgentiste et référente pédagogique pour la formation des soignants au sein de la Fondation Cognacq-Jay, répond au téléphone depuis la pièce voisine. Cyprien lui décrit l'état clinique du patient. Elle lui donne des instructions.Soutien de l'équipe soignante
Dans le même temps, l'infirmier crie « urgence » à ses collègues du service afin d'obtenir un renfort. La docteure Lavagna demande alors à une première infirmière de se rendre dans la chambre du patient ; une seconde infirmière arrivera plus tard pour prendre le relais du massage cardiaque. Quelques minutes plus tard, le médecin urgentiste entre à son tour dans la chambre du patient.Formation et observation
Pendant toute la durée de la simulation, Lionel Henriques, infirmier, cadre de santé et formateur, observe les quatre participants derrière un rideau. « J'analyse l'atteinte des trois objectifs de la simulation, à savoir le raisonnement clinique, les compétences techniques et les compétences non techniques, ou CRM pour crisis resource management (gestion des ressources en situation de crise) », explique-t-il.Suivi en direct de la simulation
Dans la pièce voisine, les autres professionnels de santé participant à la session peuvent suivre la simulation grâce à une retransmission en direct sur un grand écran. Avant la création du centre, nous faisions déjà des simulations pour rassurer les soignants et renforcer leur confiance dans leurs compétences.Élargissement du programme de formation
En février 2024, la fondation a décidé de créer une structure dédiée et de proposer des formations certifiées Qualiopi, notamment en simulation sur différents thèmes (stomathérapie, prise en charge des urgences, soins palliatifs). « Nous les proposons en interne et les vendons aux structures alentour », précise-t-elle.Intérêts de la formation par la simulation
Pour les soignants, l'intérêt principal de la simulation est d'apprendre à réaliser les bons gestes au bon moment. Ces journées sont organisées depuis 2024, cinq fois par an, à l'intention des infirmiers et aides-soignants, parfois des internes, des infirmiers en pratique avancée (IPA) et des étudiants infirmiers.Renforcer l'apprentissage grâce à la simulation
Tous interviennent sur des scénarios liés à la prise en charge des urgences vitales : arrêt cardiaque, état de choc, etc. « La simulation permet de diversifier les méthodes pour agir sur l'apprentissage et ainsi mieux retenir les enseignements dans le temps », affirme Lionel Henriques. En effet, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande d'intégrer les outils de simulation à la formation continue des soignants.Préparation et échanges
Avant de démarrer une session de simulation, Lionel Henriques et la docteure Leila Lavagna réalisent toujours un briefing. Après un bref historique du rôle de la simulation dans le système de santé et au sein de l'établissement, ils animent une table ronde avec les neuf participants afin que chacun puisse partager ses connaissances sur la simulation et exprimer ses ressentis et ses attentes concernant cette journée de formation.Points de vue des participants
« J'ai déjà fait de la simulation, et je trouve ce format très intéressant, car il permet de revoir nos connaissances tout au long de la journée », témoigne Catherine, infirmière en pratique avancée. « La simulation permet de se mettre dans une situation réelle », poursuit Anne, infirmière en soins palliatifs. « C'est plus parlant que la seule théorie, et les enseignements restent davantage en mémoire. »Réactions émotionnelles face à la simulation
D'autres soignants avouent être stressés par la session, notamment à l'idée d'être filmés. « Mon service a testé la simulation avant qu'elle ne soit officiellement introduite dans le centre de formation », raconte Justice, infirmier. « Il y a certainement un aspect théâtral et exagéré, et l'on craint toujours un peu le jugement des autres. Mais cela nous aide à mieux réagir dans les situations réelles. »Débriefing après la simulation
Chaque session de simulation est suivie d'un débriefing de 45 minutes destiné à tirer les enseignements de la situation clinique étudiée. Lionel Henriques commence par demander aux participants comment ils se sentent. Si trois d'entre eux se sentent plutôt bien, l'une des infirmières avoue avoir ressenti du stress. « Je suis entrée dans la pièce et je me suis demandé si j'étais efficace par rapport aux autres », confie-t-elle.Bilan de la performance de l'équipe
Dans l'ensemble, l'équipe a correctement pris en charge le patient. Ils ont constaté l'arrêt cardiaque après 53 secondes passées dans la chambre. Le médecin profite également de cette occasion pour interroger les participants sur les signes d'un arrêt cardiaque. Chacun analyse aussi les soins qu'il a prodigués et ce qu'il aurait pu faire différemment.Encourager la réflexion et le travail d'équipe
Les deux formateurs poussent plus loin leur réflexion et leur raisonnement, mettent en avant leur travail d'équipe, abordent la pratique, la gestion du stress, le partage des connaissances et des compétences, et surtout l'importance de la communication entre eux. « Il est essentiel d'être cohérent en matière de communication », insiste Lionel Henriques. « Par exemple, lorsque vous appelez un médecin urgentiste, vous devez toujours formuler clairement votre demande, c'est indispensable », rappelle la docteure Lavagna.Apprendre de ses erreurs
Ce projet de simulation s'inscrit dans une culture du risque. « Je dis toujours aux participants que s'ils commettent une erreur pendant une session, ce n'est pas grave, c'est même constructif », affirme Lionel Henriques. « Le message peut sembler surprenant, mais c'est à travers les erreurs qu'ils retiendront les leçons. »Conclusion de la démarche de formation
« L'objectif principal de la simulation est avant tout de travailler ensemble et d'accepter que l'erreur fasse partie de l'apprentissage, sans oublier qu'elle permet de mettre en application le principe selon lequel un soignant ne doit jamais réaliser un acte pour la première fois sur un patient », conclut la docteure Lavagna.