Brunello Cucinelli, styliste italien, allie le luxe artisanal à la philosophie, en proposant une vision singulière d'un capitalisme durable et d'un équilibre spirituel.
Les origines et la vision de Brunello Cucinelli
Brunello Cucinelli, entrepreneur et créateur de mode italien, a fondé son entreprise dans les années 1970 en Ombrie, une région du centre de l'Italie connue pour sa longue tradition de tricot. Il a introduit le cachemire aux couleurs vives, un matériau jusque-là disponible seulement en beige et en gris, et a développé de nouveaux modèles pour celui-ci, contribuant ainsi à redéfinir le luxe dans la mode.Croissance et philosophie
L'entreprise de Cucinelli, introduite en bourse en 2012, affiche aujourd'hui un chiffre d'affaires qui approche le milliard d'euros et continue de croître. Malgré ce succès, il vit à Solomeo, un village médiéval qu'il a restauré pour en faire une cité idéale, en mettant l'accent sur un luxe durable et artisanal, nourri par la philosophie. Il rejette l'expression « quiet luxury », préférant insister sur l'exclusivité et l'excellence artisanale.Équilibre entre vie professionnelle et capitalisme humaniste
Cucinelli pratique ce qu'il appelle le « capitalisme humaniste », dans lequel le travail, la culture et la spiritualité coexistent. Il impose une journée de travail qui se termine à 17 h 30, afin de préserver la vie personnelle et l'équilibre. Cette approche est influencée par l'expérience de son père pendant l'exode rural des années 1960 en Italie, période où il a eu le sentiment que la modernité ne compensait pas la perte de la vie traditionnelle.Influences et réflexions personnelles
La vie de Cucinelli est marquée par ses souvenirs d'enfance au village, où il contemplait le ciel et les étoiles. Il évoque aussi la période qui a suivi la mort de sa mère, lorsqu'il passait des heures à discuter de la vie avec son père. Aujourd'hui, il travaille avec ses deux filles et cite Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry, dont il se reconnaît dans le personnage qui porte une lampe pour guider les autres.Inspiration au cinéma et en architecture
Le parcours de Cucinelli a inspiré le cinéaste Giuseppe Tornatore, qui a réalisé Brunello, Il Visionario Garbato, un film retraçant la vie de Cucinelli, son humble ruralité et la restauration de Solomeo. Le film met en scène Solomeo, un lieu que Cucinelli décrit comme le « lieu de l'âme », où lui et sa femme se sont rencontrés. Autour du château du XIVe siècle de Solomeo se trouvent une école d'artisanat, un amphithéâtre, le Jardin des philosophes et un Parc de la beauté doté de vignobles, d'oliviers et d'un verger qui approvisionne la cafétéria.Activités intellectuelles et rôle de Cucinelli
Cucinelli a également fondé l'Académie néo-humaniste Aurélienne, une bibliothèque abritant 120 000 livres, qu'il envisage comme une collection universelle. Sa campagne de la collection automne-hiver 2025 le montre entouré de livres ; cette image sert aussi d'affiche au film de Tornatore. Il se décrit comme un « traghettatore », un passeur, insistant sur le fait qu'il n'en est pas le propriétaire mais le responsable, car le véritable propriétaire est l'humanité. Cucinelli cite la maxime de Pascal selon laquelle « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » et a bâti un modèle de conduite guidé par la passion.