Donaueschinger Musiktage 2026 sous la direction de Lydia Rilling

Les Donaueschinger Musiktage 2026, dirigées par Lydia Rilling, proposent un large éventail de spectacles et de propositions artistiques. Cette édition s'éloigne du thème de la voix humaine, central en 2025, pour se concentrer sur la musique instrumentale et la polyphonie.

Spectacles multimédias et instruments expérimentaux

Plusieurs spectacles multimédias sont prévus, mêlant arts visuels, poésie, théâtre et son dans un même espace. Le compositeur américain Steven Kazuo Takasugi s'inspire du Percy Grainger Museum de Melbourne, où sont rassemblés des instruments et objets inhabituels. Il installe sur scène trois sculptures métalliques-instruments de Jebah Baum, sur lesquelles un trio de percussionnistes (Speak Percussion) joue avec des objets résonnants et de petits instruments à percussion.

Dégradation industrielle et transformation numérique

Des milliers d'échantillons instrumentaux issus du musée sont diffusés par les haut-parleurs du SWR Experimentalstudio, créant un dialogue entre gestes physiques et leurs équivalents numériques. Le spectacle comprend une vidéo de Seán Ó Dálaigh, qui évoque l'image d'une usine à l'agonie et met en lumière le recul du travail humain au profit de l'automatisation.

Mémoire et destruction dans l'œuvre de Simon Steen-Andersen

La performance audiovisuelle UR ! de Simon Steen-Andersen explore la mémoire et la destruction. Elle s'articule autour de l'Ursonate de Kurt Schwitters, œuvre majeure du mouvement lettriste, qui libère la parole de sa fonction sémantique pour se concentrer sur les phonèmes, les rythmes et le jeu articulatoire. Le spectacle met en valeur le jeu de flûte extraordinaire de Michael Schmid, de l'ensemble Ictus.

Participation du public dans Last Show

Dans Last Show du compositeur allemand Brigitta Muntendorf, le public est invité à participer au moyen d'un smartphone et d'un système de vote en direct. Après chaque intervention musicale de l'Ensemble Modern, dirigé par Xizi Wang, le public répond à des questions, ce qui met à l'épreuve sa capacité de concentration et sa résistance aux distractions extérieures.

Le son du mouvement de la matière

Au Museum Art.Plus, la plasticienne sonore belge Gwendoline Robin explore la musicalité de matériaux élémentaires comme l'argile, le verre et le bois. Sa performance Coexistence #2 traduit en son les propriétés physiques de ces matières, offrant une exploration sensible de la fragilité et des interactions entre les éléments.

Installation sonore cinétique à l'Orangerie

À l'Orangerie, We stood where the air took form est une installation sonore à 32 canaux dans laquelle des haut-parleurs font vibrer l'air à basse fréquence, provoquant des variations de pression. Ces variations mettent en mouvement des gonflables en latex et des structures évoquant des tentacules, créant un effet visuel et sonore qui suggère une atmosphère étrange et hypnotique.

Le feu comme source sonore

Dans le parc du château, Yann Leguay poursuit son exploration des sources d'énergie et de leur potentiel sonore avec Filtered by Fire. La combustion du bois et le mouvement de l'air produisent une matière sonore liée au phénomène physique du feu. Le public est invité à circuler autour de trois foyers crépitants, pour faire l'expérience des forces élémentaires qui façonnent le son.

Création posthume d'Éliane Radigue

Une création posthume d'Éliane Radigue, disparue en février, est interprétée par l'orchestre ONCEIM. OCCAM XXV zêta réunit orgue et instruments à vent, pour créer une onde sonore unique aux fluctuations minimales. L'acoustique de l'église renforce la polyphonie contemplative.

Réverbération et perception acoustique

XY de Marina Rosenfeld explore les phénomènes de réverbération et la perception acoustique des espaces. L'œuvre permet le « full-play » de l'orgue et de six instruments de l'ONCEIM, créant une polyphonie incandescente et jubilatoire.

Ensemble à cordes et réseaux de neurones

Dans Dream Machine, l'ensemble à cordes hambourgeois Resonanz est disposé de manière symétrique sur scène. La compositrice irlandaise Ann Cleare considère les 18 cordes comme un vaste réseau de neurones, chaque instrument agissant à la fois comme une cellule autonome et comme une partie d'un organisme plus vaste.

Polyphonie de contrastes et de tensions

Thirst de Rebecca Saunders présente une polyphonie de contrastes et de tensions. Les deux contrebasses sont au centre de la pièce, la compositrice recherchant la plasticité des lignes et la diversité des timbres.

Soirées orchestrales et Symphonieorchester du SWR

Le festival s'ouvre et se clôt par des soirées orchestrales avec le Symphonieorchester du SWR. Ces concerts sont retransmis en direct et en vidéo sur le site du SWR, des écrans latéraux offrant un regard plus proche sur les gestes du chef et des instrumentistes.

Cloches non incarnées et résonance poétique

The Unfleshed Bells of the Inaudible de Hannah Kendall met en œuvre des techniques de jeu étendues et des poèmes d'Édouard Glissant. L'œuvre explore la tension entre le poétique et l'instrumental, en recourant au souffle et à l'anche détachés de l'instrument.

Le chaos comme force expressive

Madness Machine de Stefan Prins fait du chaos une force expressive. L'œuvre dénonce la folie d'un monde dont l'évolution semble échapper à toute maîtrise, avec des moments d'improvisation collective et d'étranges effets sonores.

Instabilité dans Tomorrow's Next Bliss

Tomorrow's Next Bliss d'Igor C Silva explore la tension entre éléments fixes et éléments improvisés. La pièce met au défi le chef d'orchestre et le soliste, et atteint un équilibre parfait entre électronique et orchestre.

Un système au bord de l'effondrement

The Disenchanted Tranquility of the Kingdom de Natasha Barrett interroge la stabilité apparente d'un système au bord de l'effondrement. La partition déploie des sonorités riches et des instruments solistes qui guident la dramaturgie, tandis que l'électronique se fraie un espace au sein de la palette orchestrale.

Le SWR sous la direction de François-Xavier Roth

Le SWR, sous la direction de François-Xavier Roth, présente des compositeurs fortement liés à la France. Bestiarium Musicae VI de Noriko Baba puise dans les bestiaires médiévaux et traduit des impressions tactiles et visuelles en matériaux musicaux.

Dreamcore et métrique instable

We've Actually Been in This Place Before de Mauro Lanza évoque un sentiment de déjà vu à travers l'esthétique dreamcore. L'œuvre recourt à des boucles et à des répétitions, avec une métrique instable qui renforce la sensation de reconnaissance sans souvenir précis.

Traditions musicales d'Afrique centrale

Hindwhu Extinction de Fabien Lévy rend hommage aux traditions musicales des communautés mbaka, bedzan et aka, menacées par la crise climatique. La pièce fait entendre une petite flûte à anche en polyphonie avec l'orchestre, créant une forte présence émotionnelle.

Pièce immersive pour orchestre et électronique

Into a World That Is Pure Blue (Where You Are Transformed Utterly and Forever) (Amen) de Clara Iannotta est une pièce immersive pour orchestre et électronique. Le long titre est emprunté à la poétesse Dorothy Molloy, et l'œuvre adopte une approche spectrale, avec de nombreux accessoires tenus par les instrumentistes.

Le Prix de l'orchestre décerné à Mauro Lanza

Mauro Lanza remporte cette année le Prix de l'orchestre, décerné par un jury comprenant des musiciens d'orchestre. Son œuvre continue de repousser les limites de la musique contemporaine, en mêlant esthétique dreamcore, métriques instables et virtuosité expressive.