Les libraires Relay de la gare de Lyon perdront leur autonomie dans la commande de livres à partir de novembre 2026, Lagardère renforçant son contrôle sur les sélections et réduisant l'espace littéraire.
Les libraires Relay perdent leur autonomie à Lyon
À la gare de Lyon, les libraires Relay ne pourront plus commander librement des livres à partir du 1er novembre 2026, selon une enquête de Mediapart. Lagardère, la maison mère, a décidé de supprimer leur accès à la plateforme de commande, qui leur permettait jusqu'ici de compléter la sélection imposée par le siège.Réduction de l'espace littéraire
Un cinquième de l'espace consacré aux livres doit aussi être remplacé par des jouets Lego. Cette réorganisation a été annoncée moins de trois mois après l'adoption par l'enseigne d'une charte de diversité éditoriale. Contrairement à la plupart des magasins Relay, les salariés de la gare de Lyon avaient conservé la possibilité de commander directement auprès des éditeurs et des diffuseurs, ce qui leur permettait de proposer des livres absents de la sélection nationale.Évolution de la sélection des livres
À partir du 1er novembre, les libraires devront se contenter des ouvrages sélectionnés par le siège et des titres distribués par Hachette. Le réaménagement mené en 2024 avait déjà réduit de 60 % l'espace consacré à la presse et à la littérature, au profit des produits alimentaires et des souvenirs. Malgré cette contraction, la seule activité littéraire aurait généré un million d'euros de chiffre d'affaires en 2025.La position de Lagardère
Lagardère confirme une évolution préparée de longue date, tout en contestant qu'elle constitue un abandon du livre ou du pluralisme. Le groupe rappelle que « Relay n'est pas une librairie, et encore moins une librairie indépendante ». Cette décision intervient alors que Lagardère Travel Retail a signé le 29 juillet une « charte de diversité et de non-discrimination », destinée à encadrer le référencement et la mise en avant des livres dans ses magasins.Engagements et limites
Pour les essais et les publications tirés à 10 000 exemplaires ou plus, Relay promet une commande initiale représentant au moins 3 % du tirage national, avec une présence dans au moins 90 de ses principaux points de vente. Pour les livres publiés à moins de 10 000 exemplaires, aucun référencement minimal n'est garanti. Lagardère prévoit toutefois la possibilité d'un référencement après discussion avec l'éditeur, en fonction du public susceptible d'être intéressé.Critères commerciaux et contrôle
La direction de Lagardère Travel Retail présente ce dispositif comme un moyen d'appliquer les mêmes critères commerciaux à tous les éditeurs, quelle que soit leur taille ou leur appartenance à un groupe. Cette charte reste toutefois inaccessible au public, et ses engagements sont contrôlés en interne, sans vérification indépendante annoncée. Autre limite : le tirage initial des livres, sur lequel reposent les critères de sélection, n'est pas une donnée systématiquement publique.Polémiques et mobilisation
La suppression annoncée des commandes autonomes à la gare de Lyon soulève donc une nouvelle question : comment les libraires pourront-ils désormais proposer des livres absents de la sélection nationale ? La charte encadre les pratiques commerciales du réseau, sans garantir aux équipes la possibilité de compléter localement l'assortiment. Les décisions commerciales déjà contestées de Relay font l'objet de critiques depuis plusieurs mois.Critiques et enquêtes
En juin, ActuaLitté est revenu sur l'annulation d'une commande d'environ 400 exemplaires de Bernard Arnault, son univers impitoyable (La Tribu, 2026), une enquête d'Audrey Millet. Arnaud Nourry, président des Nouveaux Éditeurs, a dénoncé un boycott, tandis que Relay a invoqué des considérations commerciales. Une enquête de l'Observatoire des multinationales, menée dans 30 gares françaises, a également relevé une forte exposition de plusieurs essais conservateurs ou d'extrême droite, notamment ceux publiés par Fayard, une maison du groupe Hachette.L'implication de la SNCF
Les observations ne permettent toutefois pas de conclure à un traitement systématiquement favorable de ces ouvrages dans l'ensemble du réseau. Ces polémiques ont contribué à la mobilisation de plusieurs organisations professionnelles et associations. Alternatiba, SUD-Rail, le SNJ-CGT, Greenpeace ou la Ligue des auteurs professionnels ont notamment interpellé la SNCF en juillet, réclamant une offre éditoriale et journalistique plus diversifiée dans les gares.Une responsabilité partagée
Les magasins Relay implantés dans les gares ne relèvent pas uniquement de Lagardère. Leur exploitation est assurée par Lagardère & Connexions, une société détenue conjointement par Lagardère Travel Retail et SNCF Gares & Connexions, filiale de la SNCF chargée des gares françaises. Le partenariat renouvelé en 2023 pour dix ans prévoit des dispositions permettant à la SNCF d'exercer un contrôle sur les activités de cette société commune.La réponse de la SNCF
La vente de livres et de journaux fait partie des principales activités prévues dans les espaces commerciaux concernés. Selon Mediapart, la SNCF avait demandé à Lagardère de définir des critères de référencement objectifs, une démarche qui a précédé l'adoption de la charte. Interrogée par les médias sur la nouvelle réorganisation de la gare de Lyon, l'entreprise ferroviaire n'a pas souhaité réagir et a renvoyé la question à Lagardère.