Les réseaux sociaux dominent la campagne présidentielle brésilienne

Au Brésil, la campagne présidentielle opposant Luiz Inácio Lula da Silva à Flávio Bolsonaro se joue en grande partie sur les réseaux sociaux, les deux camps utilisant des plateformes comme WhatsApp, TikTok et Instagram pour toucher les électeurs. Le camp Bolsonaro a développé, depuis 2018, une stratégie reposant sur des influenceurs politiques, qualifiée de « pop-fascisme », tandis que la gauche a organisé une contre-offensive numérique.

L'« Armée de Lula » se mobilise sur WhatsApp

La gauche a organisé une contre-offensive numérique, notamment avec la création de l'« Exército do Lula » (l'Armée de Lula) sur WhatsApp, à l'initiative du député André Janones. Rencontrer Lula, le président sortant, en face à face est une expérience rare, et oser liker une vidéo pour voir son fil d'actualité se remplir de contenus sur la situation du pays l'est encore davantage.

Électeurs et abstentionnistes font la décision

Ce dimanche, le Brésil s'apprête à élire un nouveau président, les deux candidats étant connus jusqu'en France. La campagne s'est intensifiée après le premier tour, avec un écart de seulement 1,87 point entre les candidats et plus de 33 millions d'abstentionnistes, ce qui rend chaque vote crucial.

Une population hyperconnectée qui façonne la campagne

Selon Gisela Cardoso Teixeira, journaliste et docteure en sciences de l'information et de la communication à l'EJCAM, et Anderson Pinho, chercheur associé à la Fondation Jean-Jaurès, le Brésil est un pays où les habitants sont beaucoup plus connectés qu'en Europe. Le Brésil représente le troisième marché mondial de TikTok, et les réseaux sociaux y sont les médias les plus consommés.

Les campagnes s'adaptent au paysage numérique

Les campagnes électorales suivent cette ultra-connexion : en 2018, c'était surtout WhatsApp, mais aujourd'hui TikTok et Instagram font l'objet d'importants investissements, la jeune population, la génération Z, figurant parmi les publics les plus ciblés. La campagne Bolsonaro s'est concentrée sur ces plateformes, tandis que la gauche a également renforcé sa présence.

Surprise au lendemain du premier tour

Depuis Paris, Giovanna Buzzi suit la campagne sur les réseaux sociaux. Elle n'avait pas mesuré la force du camp adverse, alors que l'aile gauche du Parti des travailleurs (PT) semblait omniprésente et prête à remporter le premier tour. Pourtant, le dépouillement du 4 octobre a placé Flávio Bolsonaro en tête, une surprise pour elle.

Les origines de la stratégie Bolsonaro

Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à 2018, lorsque Jair Bolsonaro, père du candidat actuel, se présente à la présidence et fait des réseaux sociaux un outil central de son ascension au pouvoir. Anderson Pinho explique que l'équipe de Bolsonaro a mis en place une organisation destinée à diffuser des contenus dans toute la société, en s'appuyant sur des boucles WhatsApp, des photos et vidéos partagées en masse, et des influenceurs devenus des relais politiques.

Les influenceurs, relais politiques

Parmi les influenceurs politiques du côté de Bolsonaro figurent Pablo Marçal, Nikolas Ferreira et Eduarda Campopiano. Pablo Marçal, ancien influenceur, a recueilli 28,14 % des voix lors de l'élection municipale de São Paulo en 2024. Nikolas Ferreira a été réélu député fédéral de Minas Gerais avec plus de 3,1 millions de voix, et Eduarda Campopiano a obtenu un siège à l'Assemblée législative de l'État de São Paulo à l'âge de 23 ans.

Influenceurs et élus, un mélange de plus en plus étroit

Anderson Pinho évoque le phénomène de l'« influenceur élu », soulignant que les élus doivent devenir des influenceurs et que de nombreux influenceurs deviennent élus. La maîtrise des codes des réseaux sociaux compte davantage que la maîtrise des idées. À gauche, Rick Azevedo, ancien employé d'une pharmacie devenu connu sur TikTok pour sa dénonciation de la semaine de travail de six jours, s'est imposé comme influenceur.

Les influenceurs de gauche gagnent en poids politique

Il est devenu conseiller municipal de Rio en 2024 et trouve un relais à la Chambre des députés en la personne d'Erika Hilton, qui a déposé en février 2025 une proposition d'amendement constitutionnel visant à réduire le temps de travail. Gisela Cardoso Teixeira affirme que la gauche a enfin compris le rôle essentiel des réseaux sociaux dans les élections, avec Lula face caméra, des militants qui multiplient les publications et des stars qui mobilisent leurs abonnés.

La mobilisation numérique s'intensifie

Anderson Pinho observe un « véritable surinvestissement pendant le second tour ». Le député André Janones a créé l'« Exército do Lula » sur WhatsApp, où les sympathisants reçoivent des consignes pour intervenir sur d'autres plateformes. Les membres de cette communauté se considèrent comme les soldats de Lula, André Janones étant considéré comme leur commandant.

Des observateurs internationaux rejoignent le combat numérique

Giovanna Buzzi, depuis Paris, a elle aussi rejoint cet effort, décrivant comment les sympathisants reçoivent sur Instagram des liens pour regarder les vidéos jusqu'au bout et les commenter. Les influenceurs expliquent à leurs abonnés comment obtenir davantage de vues, en insistant sur la nécessité de comprendre les mécanismes des plateformes pour faire sortir son contenu de son propre cercle.

Stars de la pop et fandoms façonnent les récits politiques

Au-delà de la mobilisation organisée, d'autres sympathisants de gauche participent en ligne. Les vidéos face caméra de stars brésiliennes de la pop qui parlent de politique se multiplient, tout comme les montages pro-Lula. Des internautes organisés en fandoms participent eux-mêmes à la construction de l'image politique des candidats.

La désinformation devient un outil de campagne

Un montage ou « edit » réalisé par un internaute ordinaire peut parfois atteindre un public bien plus large qu'une publication officielle. La bataille numérique se joue aussi sur le terrain de la désinformation, que le camp Bolsonaro a transformée en arme de campagne. Des rédactions nationales spécialisées dans la vérification des faits, comme Lupa ou Aos Fatos, redoublent d'efforts pour distinguer le vrai du faux dans cette vague massive de publications.

TikTok et les réseaux sociaux portent l'ultime poussée

Tout un écosystème propice à TikTok est en effervescence, dans l'espoir de faire basculer l'élection ce dimanche. Les plateformes sont au cœur de cette ultime poussée, les deux camps cherchant à convaincre les électeurs encore indécis et à garantir la victoire de leur candidat.