Campagne WhatsApp au Brésil

Plus de 10 millions d'abonnés WhatsApp ont reçu des instructions du député brésilien André Janones le jour de la réélection de Lula, qui a eu lieu le 25 octobre, Lula remportant 51,8 % des voix contre Flávio Bolsonaro. Janones attribuait chaque jour des « missions » aux abonnés de sa chaîne « Exército do Lula », qui sont passés d'environ 50 000 avant le premier tour à plus de 10 millions.

Les internautes français adoptent des méthodes similaires

Les internautes français ont depuis adopté des méthodes similaires à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, certains annonçant par millions le blocage de comptes d'extrême droite, bien que l'impact exact de ces actions sur les algorithmes reste flou.

La mobilisation des lycéens sur les réseaux sociaux

En France, des élèves du lycée Antoine-de-Saint-Exupéry de Créteil ont organisé un groupe Snapchat pour bloquer leur établissement, et le mouvement s'est propagé à l'échelle nationale. Les élèves ont affiché leurs revendications dans les « stories » Instagram et ont créé des boucles privées sur Instagram, Snapchat ou WhatsApp, comptant parfois des centaines de membres, selon Le Monde.

Mobilisation sur TikTok et manifestations

Le 17 octobre, le TikTokeur V2 a proposé une vaste mobilisation sur le pouvoir d'achat, et les contenus liés aux manifestations ont accumulé 800 millions de vues sur TikTok, selon Visibrain. Les images de pillages ont éclipsé les cortèges pacifiques.

Communication pendant les manifestations

Pour le deuxième acte, le 24 octobre, les manifestants ont échangé sur Telegram des cartes collaboratives gratuites et des consignes, certains installant BitChat, une application de messagerie fonctionnant par Bluetooth qui permet de rester en contact pendant les cortèges. Les appels au troisième acte, le 31 octobre, ont circulé sous forme de parodies, dont une invitation à danser la chorégraphie de Thriller pour Halloween, vue près de 1,3 million de fois sur TikTok.

Engagement et impact des réseaux sociaux

L'engagement réel est volatile et difficile à mesurer. Un partage ou une vue n'engage pas son auteur au même degré qu'une participation à un cortège, et aucun réseau social ne publie le nombre de personnes qui se rendent à des rassemblements après avoir regardé la vidéo d'appel. Le sociologue Raphaël Lupovici a souligné que les réseaux sociaux ne dictent pas mécaniquement le vote, et que leurs effets sur les électeurs, lorsqu'ils sont mesurés, sont minimes.

Le blocage des comptes d'extrême droite sur X

Les internautes français ont tenté de réduire la visibilité des comptes politiques qu'ils combattent. Le 27 octobre, le streamer Arkunir, suivi par 1,1 million de personnes sur X, a demandé à ses abonnés de bloquer tous les comptes d'extrême droite qu'ils croiseraient, un message vu plus de 3,5 millions de fois. Des sites comme Un Facho KO et Mise au Poing permettaient aux utilisateurs de bloquer des comptes d'extrême droite ; Un Facho KO annonçait plus de 15 millions de blocages déclarés le 30 octobre, et Mise au Poing en annonçait 3 083 584 le 31 octobre.

Précisions et division en France

Le 28 octobre, André Janones a dénoncé une « erreur de traduction », précisant qu'il n'avait jamais préconisé de bloquer les comptes d'extrême droite, mais plutôt de ignorer leurs publications. Cette précision a divisé les participants français : La France insoumise ne recommande plus le blocage systématique, tandis que Mise au Poing maintient sa consigne. Antoine Léaument, député LFI, a proposé d'expérimenter les deux méthodes.

Chaînes politiques et effets du blocage

Le 28 octobre, Marine Le Pen et Gérald Darmanin ont chacun ouvert une chaîne WhatsApp, et la chaîne de LFI « L'équipe de Mélenchon officielle » a réuni environ 155 000 membres. Bloquer ou ignorer un contenu affecte le fil de l'utilisateur, mais n'a pas forcément d'incidence sur la visibilité collective des comptes bloqués. Sur X, un compte bloqué ne peut plus suivre ni écrire à l'utilisateur, et ce dernier cesse de recevoir les contenus de ce compte. Toutefois, l'effet collectif du blocage reste non mesuré, car les plateformes ne publient pas le poids exact d'un blocage dans leurs algorithmes.

L'impact du blocage sur les algorithmes

André Janones a estimé que le blocage pouvait saper la stratégie, car l'algorithme peut interpréter cet acte comme le fait que l'utilisateur ne voit pas le contenu. Un commentaire indigné ou un partage moqueur compte autant qu'un message de soutien, les plateformes mesurant les réactions plutôt que leur sens. Ignorer une publication la prive du carburant qui la rend virale. Instagram et TikTok proposent un bouton « Pas intéressé », qui modifie le fil de l'utilisateur sans réduire nécessairement la visibilité du compte pour les autres.

Désinformation autour de la campagne de Lula

Des milliers d'internautes ont suivi l'appel d'Arkunir, croyant qu'il émanait de la campagne de Lula, sans vérifier ce que Janones avait réellement demandé au Brésil. Certains sites d'information ont ajouté le « blocage de masse » à la liste des méthodes du député brésilien. Le politologue Gaspard Estrada a fait remarquer que Janones recommandait plutôt d'ignorer les publications adverses. Au Brésil, les consignes provenaient d'un centre de commandement unique, tandis qu'en France, plusieurs interprétations ont été proposées, observe Le Monde.

Pétition contre CNews

Une pétition contre CNews est passée de 45 000 à 200 000 signatures en deux jours. CNews figure sur certaines listes de blocage, et la chaîne fait actuellement l'objet d'une autre mobilisation en ligne. Le 28 octobre, les députés écologistes Benjamin Lucas et Léa Balage El Mariky ont demandé le retrait de l'accréditation de plusieurs médias du groupe Bolloré, dont CNews, relançant le débat sur la chaîne. Toutefois, les signataires ne doivent pas s'attendre à voir CNews disparaître de la TNT.

Désinformation dans les direct

Des images tournées en Albanie ont été diffusées en direct sur deux chaînes françaises. Les médias peuvent aussi propager de fausses informations. Le 24 octobre, CNews, notamment, a localisé à la porte d'Italie à Paris des images de manifestants masqués, et franceinfo a annoncé en direct de Lyon des policiers derrière des canons à eau. L'agence Associated Press a établi que les deux séquences avaient été tournées à Tirana, en Albanie. La présentatrice de franceinfo a corrigé trois minutes plus tard, et CNews a reconnu une « erreur en régie ». Sur les réseaux sociaux, des captures d'écran commençaient déjà à circuler, et rien ne garantit que les spectateurs de la séquence aient vu la correction.

La confiance du public dans les réseaux sociaux

Selon une étude de la Fondation Descartes menée auprès de 4 000 personnes âgées de 16 ans et plus, 43,4 % des Français s'informent régulièrement sur les réseaux sociaux, mais seuls 17 % leur font confiance pour obtenir des informations fiables. Face à une information douteuse, 67,5 % déclarent multiplier les sources. Il s'agit de pratiques déclarées, et non d'une mesure de ce que les personnes interrogées partagent réellement.

La régulation des campagnes en ligne

Les règles qui encadrent la campagne en ligne avant 2027 sont en place. Mais des garde-fous sont mis en œuvre pour mieux encadrer la diffusion de contenus politiques, et à l'aube de l'élection présidentielle française, le gouvernement a pris les devants. Le 21 octobre, le directeur de cabinet du Premier ministre a réuni à Matignon les représentants de Meta, Snap, TikTok, Reddit, Discord et Google. Dans son communiqué du 23 octobre, Matignon a annoncé une coopération renforcée avec les plateformes, avec un point d'entrée unique rattaché à PHAROS, plus d'une centaine de signalements, et la suspension de comptes pour la moitié d'entre eux.

La polémique sur la modération des contenus

Le 24 octobre, des internautes ont accusé le gouvernement de « censure », relevant la faible visibilité de leurs vidéos de manifestation. Ce jour-là, PHAROS a retiré 112 messages appelant à la violence, selon RMC, et le volume de publications sur la mobilisation a diminué de moitié par rapport au 17 octobre, selon Visibrain. Les cortèges sont restés pour la plupart calmes, et rien n'indique, selon Le Monde, que les plateformes aient volontairement réduit la diffusion des images. Dans une lettre adressée aux opérateurs, Matignon leur a également demandé de se tenir prêts à couper quatre réseaux sociaux, dont TikTok et X. Aucune coupure n'a eu lieu, mais le gouvernement a obtenu un nouvel outil.

Évolutions législatives et risques

Dans la nuit du 27 au 28 octobre, le Sénat a adopté par 219 voix contre 115 son amendement au projet de loi « casseurs-payeurs ». L'administration pourrait exiger des plateformes, via PHAROS, le retrait dans un délai de 24 heures des contenus appelant à la violence ou à l'insurrection, sous peine de blocage ou de déréférencement, sans décision judiciaire préalable. Pour l'élection présidentielle, les très grandes plateformes doivent, conformément au DSA, évaluer et réduire les risques de leurs services pour les élections. Malgré cela, des campagnes de grande ampleur échappent à leur modération. Le Monde a révélé le 29 octobre une opération de trois ans contre le Qatar, composée de vidéos racistes et antimusulmanes, vues au moins 830 millions de fois sur YouTube, TikTok et Facebook, dont environ 120 millions en France. Les chercheurs à l'origine de l'étude estiment son budget à plus de 10 millions d'euros, sans avoir établi qui l'a financée. Le texte « casseurs-payeurs » doit désormais être examiné par l'Assemblée nationale, qui peut encore le modifier avant la campagne présidentielle.