L’intelligence artificielle continue de transformer le marché du travail, mais moins en supprimant brutalement des emplois qu’en en redessinant les contours. Dans un récent message publié sur X, Boris Cherny, le créateur de Claude Code chez Anthropic, décrit sa vision des futurs archétypes professionnels qui pourraient progressivement remplacer les métiers traditionnels. Au moins dans le secteur Tech, cette mutation est déjà en cours. Le New York Times a lancé des poursuites contre Microsoft et OpenAI pour violation du droit d’auteur en décembre 2023. Alors que le procès dure depuis près de trois ans, un nouveau document révèle que les géants de l’IA sont parfaitement conscients des dommages causés par leurs chatbots. Microsoft utilise le terme de « doom loops » (boucles infernales), des spirales où la fonctionnalité même offerte par l’IA détruit les sources dont elle dépend. Selon Microsoft, l’IA serait ainsi piégée dans une spirale autodestructrice. « Notre stratégie de contenu pour l’IA a déclenché une ‘doom loop’ qui nuira à la fois aux performances de nos modèles et à l’ensemble du Web », indique le texte, citant un document interne de Microsoft. « Il est extrêmement inhabituel qu’un produit final menace les fondements économiques de ses fournisseurs essentiels, mais c’est la situation que nous avons créée pour notre activité de modèles de langage (LLM) par rapport à sa ‘chaîne d’approvisionnement en contenu’ ». Le document juridique cite à nouveau Microsoft, qui reconnaît « un vol colossal d’une ampleur sans précédent » et « le plus grand vol de travail de l’histoire de l’humanité », ajoutant que « presque aucun de ces contenus n’a été obtenu avec l’accord ou la connaissance de leurs propriétaires ». Une nouvelle étude sur l’IA et le droit d’auteur, signée Tuhin Chakrabarty, met en lumière l’ampleur du contenu généré par l’IA. Selon cette analyse, un livre auto-édité sur cinq vendu sur Amazon est produit par une IA. Même Hollywood utilise de plus en plus l’IA à tous les niveaux. Si les œuvres produites par des humains sont remplacées par du contenu généré, que pourront utiliser des entreprises comme Microsoft et OpenAI pour entraîner leurs modèles ? Cela pourrait mener à une dégradation, voire à l’effondrement des systèmes. Les professionnels de la création sont déjà touchés. Selon une nouvelle étude, les « industries créatives » ont perdu plus de 200 000 emplois aux États-Unis en quatre ans. D’autres secteurs pourraient bientôt être affectés, et les jeunes diplômés seraient les premiers concernés. Si l’IA s’approprie le travail humain, il pourrait ne plus y avoir assez de consommateurs pour acheter les services qu’elle produit. L’intelligence artificielle se retrouve ainsi dans un cercle vicieux qui, selon Microsoft, menace l’avenir même de cette technologie. Assistons-nous à un point de bascule où, si l’IA n’est pas maîtrisée, il faudra repenser une société qui ne reposerait plus sur le travail ?