Une étude publiée le 7 octobre 2026 dans la revue Biology Letters révèle que les spermophiles de Columbia conservent leur mémoire spatiale après neuf mois d’hibernation. Cette recherche, menée par le CNRS et l’Université de Strasbourg, a porté sur dix spermophiles de Columbia (Urocitellus columbianus) préalablement entraînés et huit individus naïfs. Les rongeurs ont été testés dans un labyrinthe reproduisant un réseau de terriers naturels, et ce, durant deux saisons actives consécutives. Les individus entraînés ont commis deux fois moins d’erreurs que les autres et ont emprunté des trajets presque deux fois plus directs. L’étude a utilisé des courbes d’apprentissage bayésiennes non linéaires pour distinguer la mémoire conservée du réapprentissage. Les résultats montrent que les spermophiles entraînés ont surpassé les novices de 41 à 98 %, selon les indicateurs mesurés. Le communiqué du CNRS souligne que le niveau de performance des rongeurs après l’hibernation s’est approché des plateaux atteints avant l’hiver, ce qui suggère que les neuf mois d’hibernation n’ont pas effacé leur mémoire. Ces travaux remettent en cause l’idée selon laquelle l’hibernation effacerait la mémoire, d’autant que le cerveau des spermophiles subit des modifications importantes pendant cette période, notamment au niveau des épines dendritiques – de petites structures cellulaires qui facilitent la transmission des signaux. Les études antérieures sur l’hibernation et la mémoire avaient donné des résultats contrastés : certaines rapportaient une altération de la mémoire spatiale, tandis que d’autres mettaient en évidence des variations individuelles. L’étude suggère que la mémoire spatiale peut survivre à une hibernation prolongée, confortant l’hypothèse d’une plasticité neuronale reflétant une rétention adaptative plutôt qu’une perte de mémoire. Elle met en lumière l’importance de cette mémoire pour la survie des animaux, qui doivent rapidement retrouver leurs terriers, leurs congénères et leurs zones de nourrissage après l’hibernation. Les travaux s’appuient sur un suivi à long terme des spermophiles de Columbia dans les Rocheuses canadiennes, un programme labellisé SEE-Life par le CNRS. Toutefois, les conclusions de l’étude restent limitées à une seule espèce et à un type de mémoire spécifique. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre la rétention mnésique chez d’autres espèces hibernantes et pour d’autres formes de mémoire. Les prochaines étapes consisteront notamment à évaluer la reconnaissance des congénères après l’hibernation, une capacité sociale essentielle à la vie en colonie de ces rongeurs.