Libéralisation partielle de l'avortement en Pologne

Le 20 octobre, la chambre basse du Parlement polonais, la Diète (Sejm), a voté à deux reprises une libéralisation partielle du droit à l'avortement. Les changements n'ont toutefois pas permis un accès plein et sans restriction à l'avortement jusqu'à la douzième semaine de grossesse, une promesse électorale de 2023 qui n'a pas été tenue.

Restrictions légales actuelles en matière d'avortement

Actuellement, une femme ne peut légalement demander à mettre fin à sa grossesse que dans les cas de viol, d'inceste ou de danger pour sa santé. Le soir du 22 octobre, des militantes pro-choix ont défilé dans les rues de vingt-sept villes à travers la Pologne, brandissant un « carton rouge » au gouvernement. Une pancarte tenue près du Parlement à Varsovie portait l'inscription « L'interdiction de l'avortement tue les femmes », selon une photographie publiée par le site d'information Onet.

Anniversaire d'une décision controversée

Ces manifestations devaient marquer le sixième anniversaire de la décision du Tribunal constitutionnel de 2021, qui a supprimé le droit à l'interruption volontaire de grossesse en cas de malformations fœtales graves. Le 20 octobre, les députés polonais ont légiféré pour la première fois depuis juillet 2024 sur cette question, en adoptant une dépénalisation partielle de l'aide à l'avortement et en rétablissant le droit à l'avortement en cas de malformations fœtales graves.

Obstacles à l'adoption du texte

Trois voix faisaient défaut à ce moment-là, notamment au sein de la Coalition civique, le parti du Premier ministre Donald Tusk, pour dépénaliser l'aide à l'avortement. L'hebdomadaire Polityka a relevé que, pendant le débat parlementaire, « l'hémicycle était presque vide » avant l'adoption « sans enthousiasme » de cette « avancée ».

Incertitude quant à la position du président

Selon Oko.press, qui écrit dans un autre article que « rien, ou presque rien, n'indique » que le président Karol Nawrocki, nationaliste et opposé à la légalisation de l'avortement, signera ces deux textes, ceux-ci doivent maintenant être présentés au Sénat.

Risques persistants pour les professionnels de santé

Le collectif Avortement sans frontières (ABG), également cité par Onet, va jusqu'à qualifier de « honteux » les projets législatifs. Ses militantes permettent aux Polonaises d'accéder à des pilules abortives grâce à des réseaux de solidarité, notamment dans un local situé devant le Parlement (la loi ne criminalisant pas la femme qui pratique elle-même son avortement). « Lorsque les examens révèlent des anomalies fœtales, les femmes ne consultent pas le médecin », mais se tournent vers l'ABG et d'autres associations féministes, note Polityka. Les deux nouvelles lois adoptées ne suppriment pas réellement « les sanctions prévues à l'encontre des médecins pratiquant des avortements pour des motifs non légaux », met en garde le titre.

Déception chez les militantes

Monika, rencontrée par Oko.press lors de la manifestation pro-choix à Gdańsk, ne cache pas sa déception. Elle s'était mobilisée en 2023, pendant la campagne électorale de Donald Tusk et de ses alliés. « À l'époque, je croyais vraiment que nous allions devenir un pays normal, où une jeune femme n'aurait plus à avoir peur. Et puis nous avons été complètement laissées de côté », témoigne-t-elle.