Surveillance des ingérences étrangères dans les élections

Les autorités suivent de près le nombre croissant d'opérations étrangères visant à déstabiliser les candidats à la prochaine élection présidentielle française. Elles craignent que ces actions ne sapent le processus démocratique, qu'elles soient motivées par des raisons politiques ou criminelles.

Nouvelle législation contre la désinformation

Un projet de loi visant à alourdir les sanctions pour la diffusion de fausses informations a été déposé au Sénat mercredi. Cette initiative fait suite aux affirmations de plusieurs candidats de gauche, qui ont estimé plus tôt cette année que les efforts du gouvernement pour lutter contre ces manipulations étaient insuffisants.

Ingérences numériques détectées dès le début

La campagne pour l'élection présidentielle, dont les tours sont fixés aux 18 avril et 2 mai, fait déjà face à une ingérence numérique « massive et très précoce » de la part d'acteurs étrangers, selon Anne-Sophie Dhiver, directrice adjointe de Viginum, l'agence française chargée de lutter contre les manipulations de l'information. Viginum a identifié plus de 100 opérations de ce type, une hausse significative par rapport aux élections précédentes.

Tendances observées lors des scrutins précédents

Lors des élections européennes et législatives de 2024, seules 25 opérations de ce type avaient été détectées, et quatre seulement lors des élections municipales de mars 2026. Si les manipulations actuelles sont décrites comme « d'un niveau médiocre » et « n'ayant aucune visibilité », les experts mettent en garde : la situation pourrait évoluer à mesure que l'élection approche.

La vulnérabilité de la France

La France est le deuxième pays européen le plus touché par la manipulation de l'information, derrière l'Ukraine, selon le service diplomatique de l'Union européenne (SEAE). En 2025, 540 campagnes visant l'Europe ont été détectées, dont 29 % liées à la Russie et 6 % à la Chine.

Le rôle des réseaux sociaux dans les élections

Lors des élections législatives allemandes de 2025, les algorithmes de recommandation du réseau social américain X et de TikTok, propriété chinoise, ont été jugés responsables de la promotion de contenus favorables au parti d'extrême droite AfD, qui a remporté le scrutin. En France, la candidate du RN, Marine Le Pen, est actuellement en tête des sondages d'opinion.

Risques de collusion

Julien Nocetti, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), met en garde : une possible convergence entre les narratifs russes et les narratifs « Maga » américains, c'est-à-dire pro-Trump, pourrait représenter un risque réel pour l'élection française.

L'exploitation des divisions sociales

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a accusé les adversaires de la démocratie d'exploiter les divisions en France, en utilisant des sujets comme l'immigration, la laïcité et le conflit israélo-palestinien pour attiser la haine et les tensions. Il a souligné la nécessité de contrer ces méthodes.

Ingérences liées à Israël

Julien Nocetti avance également que des acteurs liés à Israël pourraient être impliqués si certains candidats se maintiennent en tête des sondages, comme Jean-Luc Mélenchon de La France insoumise (LFI), accusé d'antisémitisme. Lors des dernières élections municipales, des candidats LFI avaient été visés par une opération liée à un ancien membre des services de renseignement israéliens.

La professionnalisation des ingérences

Anne-Sophie Dhiver relève l'émergence d'une économie professionnalisée de l'ingérence numérique étrangère, avec des prestataires proposant une « assistance technique » aux acteurs de la manipulation de l'information. Ces services comprennent des techniques d'anonymisation et d'amplification, qui rendent les faux comptes plus difficiles à détecter.

Les motivations économiques de la désinformation

Viginum a également constaté une hausse de la désinformation motivée par le gain financier plutôt que par des objectifs politiques. Par exemple, de faux contenus sont parfois utilisés pour attirer des visiteurs sur des sites internet et générer des revenus publicitaires. Cette tendance avait été observée pour la première fois lors des dernières élections municipales en France.

L'impact de l'intelligence artificielle sur la désinformation

Le développement rapide de l'intelligence artificielle a considérablement accru les capacités des acteurs de la désinformation. Elle permet de créer des faux contenus de haute qualité en un temps record, qui peuvent être diffusés à un rythme sans précédent. Nicolas Roche, responsable de l'agence française de défense et de sécurité, a souligné cette préoccupation au début du mois d'octobre.