Dans les eaux froides et sombres de certains fleuves français vit un poisson que presque personne n’a jamais eu l’occasion d’observer de son vivant. Connu sous le nom de loach du Rhône, ce petit animal nocturne et insaisissable est devenu presque invisible au grand public. Autrefois répandu dans toute la France, il est aujourd’hui en danger critique d’extinction, sa population ayant été réduite à une infime partie de son aire de répartition historique. Le loach du Rhône, dont le nom scientifique est Zingel asper, ne se trouve que dans le bassin du Rhône et nulle part ailleurs sur Terre. Ce petit poisson d’eau douce, qui dépasse rarement les 20 centimètres de long, a une espérance de vie moyenne de trois à quatre ans et passe la plupart de son temps caché sous les graviers des lits de rivières pendant la journée. Le loach du Rhône était autrefois présent dans environ 2 200 kilomètres de cours d’eau du bassin du Rhône au début du XXe siècle. Pourtant, entre 2010 et 2012, son aire de répartition s’était réduite à seulement 240 kilomètres, soit une perte de 90 %. Ce déclin spectaculaire a laissé l’espèce avec seulement quelques habitats restants, et elle a disparu de neuf fleuves sur dix où elle vivait autrefois. Les causes de cette disparition sont multiples : construction de barrages, pollution et réchauffement des eaux fluviales. Ces facteurs ont perturbé l’habitat naturel du poisson, fragmentant les populations et réduisant la diversité génétique, ce qui rend l’espèce plus vulnérable aux changements environnementaux. Malgré l’ampleur de son déclin, le loach du Rhône n’a pas été massivement chassé ou pêché. Il a plutôt perdu progressivement les conditions nécessaires à sa survie. Les barrages et les canaux artificiels ont fragmenté les rivières, isolant les populations et limitant leur capacité à se reproduire. La pollution de l’eau, notamment due au ruissellement agricole et aux résidus chimiques, a encore dégradé la qualité de son habitat. Le réchauffement des eaux du bassin du Rhône a également créé des conditions défavorables pour ce poisson, adapté aux milieux à courant rapide et bien oxygénés. Les efforts pour sauver le loach du Rhône ont inclus deux Plans nationaux d’action lancés en 2011 et 2012, visant à enrayer son déclin et à restaurer son habitat. Ces plans ont regroupé une trentaine de mesures, dont la modification de barrages pour améliorer la continuité écologique et la réintroduction de près de 22 000 alevins dans la rivière Drôme. Aujourd’hui, le loach du Rhône ne survit plus que dans quelques tronçons isolés de cours d’eau comme la Loue, l’Ardèche, la Drôme et le Verdon. L’avenir de cette espèce unique reste incertain, et il reste à voir si ces efforts de conservation suffiront à éviter sa disparition définitive.