Les pilotes signalent des micro-sommeils fréquents au travail

Une enquête de l'Association européenne des pilotes de ligne (ECA), menée auprès de 7 200 pilotes européens, révèle que 76,8 % d'entre eux ont connu au moins un micro-sommeil pendant qu'ils pilotaient un avion au cours des quatre semaines précédant l'étude. Réalisée par Baines Simmons et publiée fin octobre 2026, cette enquête met en lumière une préoccupation croissante concernant la fatigue dans le secteur aérien.

De nombreux pilotes volent alors qu'ils sont fatigués

Selon l'étude, 24 % des pilotes ont reconnu avoir continué à voler malgré une fatigue excessive, sans en informer leur employeur. Ce comportement s'inscrit dans un problème plus vaste que l'ECA qualifie de crise systémique du transport aérien européen, le modèle des compagnies low-cost étant identifié comme un facteur majeur.

Les compagnies low-cost sous le feu des critiques

Seuls 15,6 % des pilotes employés par des compagnies low-cost estiment que leur employeur gère efficacement les risques liés à la fatigue, contre 18,6 % chez les opérateurs ACMI et de location avec équipage (wet-lease). Cette méfiance plus marquée est liée à des pratiques telles que la poussée des heures de vol jusqu'aux limites réglementaires, la réduction des effectifs et l'allongement des plages horaires de service, qui augmentent le risque d'épuisement des pilotes.

Des horaires longs et exigeants pour les pilotes

Les pilotes européens doivent souvent assurer des services pouvant durer jusqu'à 13 heures, avec plusieurs rotations de vols, des changements de fuseau horaire et des bases situées loin de leur domicile. Les compagnies recourent fréquemment à des failles réglementaires pour prolonger les périodes de vol, en qualifiant ces prolongations de « circonstances exceptionnelles ». Devenues routinières, ces pratiques contribuent à une fatigue chronique.

La crainte des conséquences freine les signalements

L'enquête révèle que 47 % des pilotes craignent des conséquences négatives de la part de leur employeur s'ils signalent leur fatigue, et que seulement 11,9 % font confiance aux systèmes de signalement de leur entreprise. Cela laisse penser à une culture d'entreprise qui privilégie la performance financière au détriment de la sécurité, ce qui pourrait accroître le risque d'accidents.

Des niveaux de fatigue variables selon les pays

L'Espagne affiche le taux le plus élevé de pilotes qui volent en étant fatigués, avec 40 % des pilotes déclarant une fatigue excessive régulière. L'Irlande et la France atteignent chacune 33 %, tandis que le Royaume-Uni ne affiche que 10 %, un résultat attribué au contrôle strict de l'autorité de l'aviation civile britannique (UK Civil Aviation Authority), qui procède à des audits inopinés et impose des systèmes obligatoires de gestion de la fatigue.