Une station de ski abandonnée figée dans le temps

À 1 500 mètres d'altitude, en Isère, des rangées de bâtiments vides continuent de regarder les sommets qu'ils étaient censés guider vers les skieurs. Saint-Honoré 1500 ne sortira jamais tout à fait de terre. Conçue pour sauver un bassin minier au bord de l'effondrement, la station de ski s'est arrêtée en pleine construction, laissant derrière elle un paysage figé depuis plus de trente ans.

Un projet lancé en 1977

Lancé en 1977 pour reconvertir le bassin minier, le projet Saint-Honoré 1500 n'a vu que deux téléphériques ouvrir en 1989, avant que le chantier ne soit définitivement interrompu en 1993. Malgré une garantie financière du conseil général de l'Isère, l'exploitation s'est transformée en désastre financier, et les infrastructures sportives ont fermé définitivement en 2003, sans trouver d'acquéreur.

Un virage économique à l'origine du projet

Pour comprendre Saint-Honoré 1500, il faut remonter aux années 1960, sur le plateau du Matheysin. Dans cette partie de l'Isère, l'activité minière fait vivre des générations entières. Lorsque les mines ferment, tout un territoire se retrouve sans horizon économique. À Saint-Honoré, une commune qui compte à peine 800 habitants, les élus locaux cherchent alors une issue.

Une ouverture modeste en 1989

1989, l'ouverture à demi-mot : deux téléphériques pour une ambition XXL. Lancée en 1977, la construction progresse par étapes, avec les retards habituels de ce type de projets en montagne. Ce n'est qu'en 1989 que les premières remontées mécaniques commencent à fonctionner, soit seulement deux téléphériques. Un chiffre modeste par rapport à l'ambition initiale, qui prévoyait un domaine skiable complet.

Abandon et fermeture

Face à ces difficultés, les promoteurs finissent par abandonner le projet. En 1993, le chantier s'arrête brutalement, en plein développement, laissant les infrastructures existantes inachevées et figées pendant de nombreuses années. Des immeubles d'appartements vides : l'héritage brutal d'un pari raté. Après l'arrêt du chantier, la station tente de survivre encore quelques années.

Un héritage devenu espace artistique

Depuis, le site a été laissé à l'abandon. Les immeubles d'appartements vides, avec leurs fenêtres béantes, dominent toujours le plateau du Matheysin. Ils attirent aujourd'hui un public très différent de celui imaginé en 1977 : photographes en quête de décors inhabituels, graffeurs et explorateurs urbains viennent arpenter ces couloirs figés dans le temps. Le lieu a même trouvé une seconde vie culturelle en 2019, en servant de décor au spectacle La Chaud Vive.

Une station voisine renaît

Ce destin fait écho, de manière étonnante, à des évolutions récentes dans le secteur. La station voisine de l'Alpe du Grand Serre a enfin officiellement annoncé sa réouverture pour l'hiver 2026-2027, grâce à une délégation de service public de 30 ans signée avec le groupe SATA. Environ 200 emplois directs et indirects sont concernés, après un sursis obtenu grâce à près de 400 000 euros collectés auprès de donateurs.

Une leçon à retenir

Saint-Honoré 1500 reste ainsi un cas d'école dans l'histoire du tourisme alpin. Un rappel que la montagne, généreuse en paysages, ne pardonne pas les projets économiques bâtis sur des fondations trop fragiles. Entre vestiges de béton et souvenirs de pioches, le plateau du Matheysin porte encore les traces de deux reconversions avortées, à quelques décennies d'écart.