La Pologne renforce significativement ses capacités militaires en prévoyant de doubler son parc de chars, passant de près de 800 unités en 2024 à 1 600 d’ici 2032. Cette expansion vise à établir une dissuasion conventionnelle face à une éventuelle agressivité russe, la Pologne ne disposant pas d’armes nucléaires. Dès 2030, le nombre de chars devrait atteindre 1 100, dépassant ainsi le total combiné de l’Allemagne, de l’Italie, du Royaume-Uni et de la France, qui comptent ensemble 950 chars. Actuellement, seuls la Grèce et la Turquie possèdent plus de chars que la Pologne. Les dépenses militaires polonaises devraient représenter 4,8 % de son PIB en 2025, avec l’ambition de devenir la première armée de terre d’Europe. L’armée polonaise se dote d’une variété de chars, dont les modèles allemands Leopard, les chars américains M1 Abrams et les chars sud-coréens K2 Black Panther. Certaines composantes des Abrams sont produites par des entreprises polonaises, précise Amélie Zima, responsable du programme de sécurité européenne et transatlantique à l’IFRI (Institut français des relations internationales). La stratégie polonaise ne se limite pas à l’acquisition d’équipements militaires, mais inclut aussi le renforcement de sa base industrielle grâce à des transferts de technologie en provenance de ses partenaires. Cette politique de réarmement a débuté avant la guerre en Ukraine, avec l’achat de 250 chars M1 Abrams en juillet 2021. Après l’invasion russe de l’Ukraine, une loi bipartisane sur la défense nationale a été adoptée, garantissant la poursuite de la modernisation militaire indépendamment des changements politiques. L’arrivée au pouvoir de Donald Tusk en 2023 n’a pas modifié cette trajectoire. En 2022, la Pologne a signé un accord-cadre avec la Corée du Sud pour l’achat potentiel de 1 000 chars K2 Black Panther, bien qu’il s’agisse d’un engagement flexible, adapté aux besoins polonais. La Pologne a également contribué de manière significative à la défense de l’Ukraine en lui cédant un grand nombre de chars d’origine soviétique, modernisés puis envoyés sur le front. Résultat : d’ici 2032, la Pologne ne disposera plus de chars soviétiques en service, comme les T-72 ou les PT-91, qui constituaient auparavant l’essentiel de son parc. Cette accélération du réarmement polonais s’explique en partie par ses partenariats avec la Corée du Sud et les États-Unis, les fabricants européens ne pouvant répondre à une telle demande dans les mêmes délais. Ces collaborations vont au-delà des chars et incluent des systèmes d’artillerie, des missiles guidés, des avions de combat et des hélicoptères. Amélie Zima souligne que l’objectif de la Pologne est d’empêcher toute invasion russe grâce à l’ampleur de ses capacités militaires conventionnelles. L’Allemagne partage une ambition similaire, mais progresse moins rapidement en raison de ses propres défis.