Alors que les tensions internationales replacent la sécurité des approvisionnements énergétiques au cœur des débats, une question ancienne refait surface : la France pourrait-elle exploiter davantage ses propres ressources en hydrocarbures ? Au large de Saint-Pierre-et-Miquelon, petit territoire français de l’Atlantique Nord, la géologie a déjà attiré l’attention des compagnies pétrolières. Pourtant, avec un potentiel incertain, des contraintes économiques et une interdiction des nouvelles explorations, toute exploitation reste aujourd’hui hautement hypothétique. La France importe en effet la grande majorité des hydrocarbures qu’elle consomme, et cette dépendance se fait particulièrement sentir lorsque les tensions géopolitiques perturbent les grands axes mondiaux du pétrole et du gaz. Dans ce contexte, les stratégies de diversification des approvisionnements prennent une importance croissante dans les politiques énergétiques européennes. Le Canada apparaît comme un partenaire particulièrement important pour la France. Le pays figure parmi les plus grands producteurs mondiaux d’hydrocarbures, avec des ressources principalement exploitées dans l’ouest du pays et au large de la côte atlantique. À quelques kilomètres seulement du territoire canadien de Terre-Neuve-et-Labrador se trouve Saint-Pierre-et-Miquelon, un petit territoire français. Les eaux qui l’entourent intriguent depuis longtemps l’industrie pétrolière. L’archipel est situé à proximité de bassins sédimentaires de l’Atlantique Nord où des recherches – et, dans certaines zones canadiennes, des exploitations – d’hydrocarbures ont été menées. La zone économique française associée à l’archipel couvre environ 12 400 km². Des campagnes d’exploration ont été réalisées par le passé pour mieux comprendre la structure des fonds marins. Un exemple marquant est le forage Bandol-1, mené en 2001, qui a fourni des informations sur la géologie locale et suscité des spéculations sur la présence possible d’hydrocarbures. Les estimations évoquent un potentiel gazier dans la zone de 1 à 1,5 Tcf, soit plusieurs dizaines de milliards de mètres cubes. Ces chiffres doivent cependant être pris avec prudence : identifier un potentiel géologique ne signifie pas disposer de réserves prouvées, ni même d’un gisement exploitable de manière rentable. Pour passer du potentiel à une production réelle, de nouvelles études et de nouveaux forages seraient nécessaires – une exploitation qui exigerait d’abord de nouvelles explorations. Même en présence d’hydrocarbures, la viabilité économique d’un projet offshore dépend de nombreux facteurs : la profondeur des gisements, les caractéristiques de la roche, les volumes récupérables, les prix du pétrole ou du gaz, et le coût des infrastructures nécessaires. L’environnement maritime de l’Atlantique Nord ajoute une difficulté supplémentaire. Exploiter un éventuel gisement au large de Saint-Pierre-et-Miquelon nécessiterait des investissements considérables ainsi que des équipements adaptés à des conditions météorologiques exigeantes. La proximité de l’industrie pétrolière canadienne pourrait représenter un atout en termes de compétences et d’infrastructures régionales. Mais cela ne suffirait pas à garantir la rentabilité d’un projet français. Avant même d’envisager la question de la production, il faudrait d’abord déterminer avec bien plus de précision ce que contient réellement le sous-sol. La loi française ferme aujourd’hui la porte à cette possibilité. À ces incertitudes géologiques et économiques s’ajoute un obstacle juridique. Depuis la loi de 2017 mettant fin à la recherche et à l’exploitation des hydrocarbures, la France s’est engagée dans une sortie progressive de la production nationale de pétrole et de gaz. Le cadre légal prévoit de ne plus accorder de nouveaux permis d’exploration d’hydrocarbures et prévoit d’arrêter leur exploitation d’ici 2040, sous réserve de situations spécifiques prévues par la loi. Cette orientation s’inscrit dans la stratégie française de réduction de la consommation d’énergies fossiles et des émissions de gaz à effet de serre. Relancer une véritable campagne d’exploration à Saint-Pierre-et-Miquelon nécessiterait donc un changement de politique et, selon les méthodes choisies, une évolution du cadre juridique.