Les lycées français ont connu une hausse notable d’incidents violents au cours des manifestations étudiantes en cours. À la mi-journée du 2 octobre, 564 établissements étaient signalés comme perturbés, selon les dernières données disponibles. Ces troubles ont suscité des débats sur le rôle du numérique dans le façonnage des comportements des jeunes. Baptiste Detombe, essayiste et auteur de L’homme démantelé et La révolution affective, a analysé la manière dont le « monde algorithmique » — un terme désignant l’influence des plateformes numériques et de leurs algorithmes — pourrait contribuer à l’émergence de tendances violentes chez certains jeunes. Detombe souligne que, si les outils numériques ne sont pas la cause directe des manifestations actuelles, ils peuvent influencer des comportements menant à la violence. Il met en avant la façon dont le monde numérique favorise l’instantanéité, ce qui risque de réduire la capacité des individus à gérer la frustration et d’augmenter les réactions agressives. Il relève aussi que les systèmes algorithmiques, par des mécanismes comme les bulles de filtres — où les utilisateurs sont principalement exposés à des contenus correspondant à leurs opinions préexistantes — ou la flagornerie, c’est-à-dire la tendance à flatter ou à acquiescer aux autres, peuvent renforcer les convictions existantes et réduire la tolérance envers les points de vue opposés. Cela peut, dans certains cas, justifier des actes violents. La question des téléphones portables à l’école est devenue un point central de controverse. Les élèves réclament de plus en plus l’interdiction des smartphones dans les établissements, reflétant un attachement profond à ces appareils, que certains qualifient d’identitaire. Pourtant, des enquêtes indiquent que de nombreux jeunes sont conscients des risques liés à un usage excessif des écrans et soutiennent des mesures restrictives, comme un couvre-feu numérique, pour encadrer leur utilisation. Detombe évoque cette relation complexe avec la technologie comme un « syndrome de Stockholm numérique », un terme qui souligne le paradoxe d’une dépendance tout en ayant conscience des dangers. Une nouvelle politique interdisant les téléphones portables dans les lycées a été mise en place, perçue par certains comme une avancée positive pour répondre à ces enjeux. Toutefois, sa mise en œuvre varie considérablement d’un établissement à l’autre : certains appliquent des règles strictes, tandis que d’autres adoptent une approche plus souple. Des défis, tels qu’un manque d’infrastructures adaptées ou l’usage d’exceptions légales à des fins pédagogiques, ont semé la confusion et limité l’efficacité de cette mesure. Alors que le débat se poursuit, le rôle du numérique dans le façonnage des comportements des jeunes reste un sujet clé de discussion.