Le 1er juin, Revolut, une banque numérique basée au Royaume-Uni, a annoncé un nouveau plan d’investissement de 100 millions d’euros en France d’ici 2030. Cet investissement devrait permettre la création de 200 nouveaux emplois, portant le total des investissements du groupe dans le pays à 1 milliard d’euros sur trois ans. Selon Maddyness, un média français, la filiale française de Revolut emploiera environ 650 personnes. Si le montant n’est pas le plus important, le choix de s’implanter en France revêt une signification particulière. Contrairement à Londres, longtemps considérée comme un pôle majeur de la finance internationale, Revolut n’est pas principalement attirée par Paris pour ses opportunités financières, mais plutôt pour sa crédibilité réglementaire et son vaste marché de détail. La filiale française de Revolut, Revolut Bank S.A., a obtenu une licence bancaire complète de la part de l’ACPR, le régulateur financier français, ainsi que de la Banque centrale européenne, le 10 août. Auparavant, les clients français étaient desservis depuis la Lituanie via un système de passeport européen. Désormais, sous la supervision française, la banque pourra proposer des services tels que des prêts immobiliers, des découverts et des livrets d’épargne réglementés. Cette situation contraste avec celle du Royaume-Uni, où le régulateur britannique a imposé une période de licence restreinte de 20 mois avant d’accorder une approbation totale en mars 2026. À l’inverse, Paris a accordé cette approbation sans étape intermédiaire. Les nouveaux emplois créés par Revolut en France se concentrent principalement sur la conformité et le développement commercial, comme le rapporte Le Journal des Entreprises. Cela suggère que l’entreprise privilégie la régulation financière et l’expansion commerciale plutôt que l’ingénierie financière traditionnelle. L’attrait de Paris ne réside pas dans les avantages fiscaux pour les expatriés ou la taille des marchés financiers, mais dans la réputation de ses régulateurs et l’ampleur de son secteur bancaire de détail. La France constitue le premier marché majeur de Revolut au sein de l’Union européenne, avec entre sept et huit millions de clients actuellement, et l’entreprise vise les dix millions d’ici la fin de l’année. Revolut prévoit d’établir son siège social parisien rue Réaumur, dans le quartier du Sentier, d’ici 2027. Ce site servira également de base pour la gestion des opérations en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Irlande et au Portugal, couvrant ainsi plus de 25 millions de clients. Paris devient ainsi le centre névralgique des activités de Revolut en Europe de l’Ouest. La trajectoire de l’entreprise est ironique, car elle a été fondée à l’origine à Londres pour défier les banques traditionnelles, mais cherche désormais à en devenir une elle-même. Le symbole est d’autant plus marqué que Frédéric Oudéa, ancien dirigeant de Société Générale, a été nommé président de la branche Europe de l’Ouest de Revolut. Ce changement reflète une tendance plus large dans le secteur des fintechs, où l’ère de l’évitement réglementaire touche à sa fin. Les néobanques comme Revolut ont attiré des clients grâce à des applications conviviales et des frais réduits, mais doivent désormais rivaliser sur des segments comme les salaires, l’épargne et le crédit, exigeant des licences réglementaires solides et des équipes de conformité. Paris offre ces atouts, ce qui en fait une destination attractive. Cependant, cela crée aussi un paradoxe pour le secteur financier français : tandis que Paris accueille un nouvel acteur, elle héberge également un concurrent qui défie les banques traditionnelles françaises sur leurs marchés de détail.