Le volume récemment publié, Tous les fruits de l'arbre du mal, s'inscrit dans la collection Cahiers bleus (1925–1926), qui offre un aperçu détaillé de la vie de Liane de Pougy, écrivaine française, ancienne courtisane puis princesse. Ce livre, édité par les Éditions Le Passeur, fait partie d'une série incluant Mémoires d'une courtisane rangée, Cahiers bleus 1924 et Il faut que je me livre telle que je suis ! Cahiers bleus été 1919. Le titre de ce volume est tiré d'une entrée de son journal datée du 27 janvier 1925, dans laquelle elle écrit : « Les hommes m'ont souillée, volée, bafouée, saluée bien bas, comblée, méprisée [...] On m'a menti, on m'a trompée, on m'a salie. On m'a fait manger tous les fruits de l'arbre du mal. » Cette phrase reflète son profond sentiment de trahison et de désillusion envers les hommes. Liane de Pougy (1869–1950) était connue pour sa beauté remarquable, son intelligence ainsi que pour une personnalité complexe, mêlant élégance et esprit à une profonde mélancolie. Son journal, rédigé entre 1925 et 1926, capture une période charnière de sa vie. Elle avait alors 57 ans (bien qu'elle mentionne dans ses écrits avoir 54 ans), et était mariée au prince Georges Ghika de Roumanie, un homme de 15 ans son cadet. Le journal couvre une période de tourments émotionnels intenses, consécutifs à l'infidélité du prince avec une jeune femme prénommée Manon, qu'il avait invitée à séjourner dans la retraite bretonne de Liane, Clos-Marie. Dans ses entrées, Liane de Pougy revient sur son existence, depuis ses débuts en tant que courtisane jusqu'à sa transformation en « princesse » puis en « presque sainte ». Elle évoque ses relations avec les artistes, écrivains et intellectuels de l'époque, parmi lesquels figurent Salomon Reinach, Max Jacob et Guitry. Elle aborde également ses amitiés, dont celle, complexe, avec Natalie Barney, figure majeure des cercles littéraires lesbiens parisiens. Le journal révèle aussi ses luttes personnelles, notamment le sentiment de trahison consécutif à l'infidélité de son époux. Elle décrit l'impact émotionnel de cette liaison, affirmant : « J'ai cru mourir... J'ai perdu le sommeil naturel. Je me suis droguée à outrance pour arriver à dormir deux ou trois heures. » Malgré cela, elle finit par trouver un apaisement et un renouveau, écrivant qu'elle était « délivrée » d'une vie devenue « infâme et vil ». L'ouvrage inclut également des réflexions sur son propre vieillissement, ses inclinations spirituelles et sa vision philosophique de l'existence. Elle écrit : « Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut aimer ce que l'on a », traduisant une acceptation mature de sa situation. Le journal de Liane de Pougy est considéré comme une œuvre de grande valeur littéraire, marquée par un regard aiguisé et une vie intérieure riche. Ses réflexions sur l'amour, l'amitié et l'intégrité personnelle offrent une perspective unique sur la vie d'une femme ayant traversé les années folles et navigué dans les complexités de l'amour, du pouvoir et de l'identité dans la France du début du XXe siècle.