Traumatisme personnel sous forme de récit

Le dernier livre de Dominique Sigaud, Pute vierge, est présenté comme un récit concis qui explore le corps soumis à une agression violente. L'ouvrage retrace les expériences personnelles de Sigaud : les violences de son père et une agression sexuelle commise par un inconnu alors qu'elle avait seize ans.

Perspectives mondiales sur le traumatisme féminin

Le récit s'interroge aussi sur les corps d'autres femmes et jeunes filles auxquelles elle a donné la parole, dans des pays comme l'Égypte, l'Inde et les États-Unis, thème déjà abordé dans son livre de 2019, La Malédiction d'être fille. Il est décrit comme un recueil de récits qui se déploient comme une pelote de laine brusquement dévidée, dans le but de s'opposer à ce que ces hommes lui ont pris et de faire émerger la forme de son propre moi.

Le récit comme résistance

En redonnant de la voix, le livre cherche à faire apparaître ce qui a été joué. Le premier rapport sexuel de Sigaud, à quinze ans, est présenté comme un contre-récit qui lui a permis de se détacher de sa « famille de notables catholiques conformistes ». Pourtant, cet acte lui a été volé par l'intrusion de son père, qui est entré dans sa chambre et lui a demandé de « baisser son pantalon » pour lui donner une fessée.

Le langage comme libération

Le récit revient, refusant d'être écrasé, pour libérer la langue et la violence de leur charge coercitive. Le livre se distingue par son double registre : l'autrice ravive des mots paralysés en faisant exploser leur double régime et leur double sens. Le texte décrit un creux au centre de soi, à la fois le sexe de la jeune fille et l'abîme qui se loge ensuite dans sa conscience.

Reprendre le pouvoir par la fragmentation

Sigaud « renverse la relation », tant la relation sexuelle imposée par l'inconnu qui l'a agressée que la relation logique, celle du sens. En secouant ses mots, elle reprend le pouvoir. Le récit est décrit comme fragmenté : Sigaud transforme la scission de son être en arme, en une machine active et insolente.

Limite et libération

L'abîme ne concernerait qu'une partie de son corps et de sa conscience, tandis qu'une autre partie continue de penser, s'infiltrant et s'échappant. La forme du fragment permet de rogner et de poncer l'événement, d'écrire un plan de texte dont le geste même est un choix : ce que l'on décide d'écrire et de ne pas écrire. Le livre vise à dire ce qui lui a été fait tout en gardant une limite, pour repousser l'humiliation.

Un nouveau récit du pouvoir

Enfin, il est décrit comme une manière de réduire en morceaux le « monument des pères fondateurs » et leur pouvoir séculier, en proposant un récit du « féminin inversé », qui circule au-dessus de nous tous et nous submerge de son eau libératrice. Pute vierge de Dominique Sigaud est publié par Inculte et Actes Sud, au prix de 15,50 €, et disponible en librairie.