Les producteurs et transformateurs laitiers du Cantal s'opposent sur la création de valeur, réclamant transparence et renouvellement des générations face au recul du nombre d'exploitations.
Stratégies divergentes dans la filière laitière du Cantal
Les producteurs et les entreprises de la filière laitière du Cantal ont adopté des stratégies différentes lors de récents sommets, alors qu'ils visent tous à créer davantage de valeur. La FDSEA et les Jeunes Agriculteurs (JA) demandent aux transformateurs de prendre davantage leurs responsabilités dans cet objectif commun.Recul du nombre d'exploitations et de la main-d'œuvre
Le nombre d'exploitations laitières dans le Cantal est passé de 3 023 il y a vingt ans à 1 300 aujourd'hui. Les deux tiers des exploitations laitières spécialisées et 39 % des vaches laitières ont disparu. Les volumes de lait n'ont baissé que de 5 %, mais cela s'est fait au prix de gains de productivité et d'une charge de travail accrue pour une main-d'œuvre à peine plus nombreuse.Agriculteurs vieillissants et défis de la relève
Les perspectives restent incertaines : 57 % des éleveurs laitiers devraient atteindre l'âge de la retraite d'ici 2040, ce qui constitue un défi majeur pour le renouvellement des générations. C'est dans ce contexte que la FDSEA et les JA ont lancé, il y a deux ans, le projet de sommet laitier.Objectifs communs mais méthodes différentes
Si l'objectif de création de valeur est partagé par toutes les parties, les moyens pour y parvenir divergent nettement. Les transformateurs ont souligné que le Cantal est le département le plus dynamique en matière de collecte et d'installation, avec dix nouvelles installations d'exploitations ces dernières années.Différends sur les prix du lait AOP
Pierre Bernoux, représentant de Sodiaal, a mis en avant les progrès de la filière AOP Cantal, notamment l'amélioration de la qualité et la hausse durable des prix pendant la guerre en Ukraine. Jérémy Chancel a toutefois répondu que le prix réel du lait à la ferme n'est pas à la hauteur de ce qui est affirmé, en évoquant un taux de transformation du lait AOP tombé à 36 %.Appels à la transparence et à de nouveaux produits
Mathieu Théron, président de la FDSEA, a fait remarquer que les producteurs AOP ne dégagent actuellement pas plus d'EBE que leurs homologues conventionnels. Jean-Noël Fau a réclamé une transparence totale sur les volumes collectés, transformés et commercialisés, ainsi que sur les prix pratiqués.Désaccord sur l'indicateur de coût de production
Un désaccord existe également sur la mise en place d'un indicateur de coût de production spécifique aux AOP d'Auvergne, inspiré de la loi Egalim. Jean-Noël Fau a soutenu que cet indicateur, calculé par l'Idele et Cerfrance Massif central, dépasse de 572 €/t l'indicateur du lait de montagne (conventionnel).Le rôle de l'État en médiateur
L'État est attendu comme arbitre dans ces discussions. Le préfet Loos a déclaré que l'État jouera un rôle de catalyseur, et qu'il attend de tous les acteurs de la « transparence, de la loyauté, de la confiance et de la solidarité ». L'implication de l'État est présentée comme essentielle pour le développement des territoires, la sécurité alimentaire et le patriotisme.Régulation de l'offre et respect d'Egalim
Les producteurs entendent aborder la question de la régulation de l'offre, qui a fait ses preuves dans d'autres appellations. Valentin Delbos a suggéré que les entreprises ne respectant pas Egalim soient sanctionnées comme on sanctionne les infractions au code de la route.