Un rapport révèle un biais racial dans l'octroi de licences aux événements musicaux à Londres, visant les communautés noires et sud-asiatiques par des restrictions et une censure disproportionnées.
Partenariat pour lutter contre la discrimination raciale dans les événements musicaux
Black Lives in Music et le syndicat des musiciens (Musicians' Union) ont uni leurs forces dans le cadre du projet REMEL afin d'enquêter sur la discrimination raciale dans les processus d'autorisation, d'inspection et de fermeture des événements musicaux à Londres. Le projet met en lumière la manière dont les événements organisés par les communautés noires et sud-asiatiques font face à des restrictions et à des annulations disproportionnées, ce qui entraîne une perte annuelle estimée entre 127 et 141 millions de livres sterling.L'héritage du formulaire 696 et son biais raciste
Introduit en 2005 par la police métropolitaine de Londres, le formulaire 696 a été interdit en 2017 en raison de ses tendances racistes. Conçu à l'origine pour prévenir la violence dans les clubs, ce formulaire obligeait les organisateurs d'événements à fournir les données personnelles des artistes, et même l'origine ethnique du public attendu. Il a ensuite visé des styles musicaux précis, marginalisant ou interdisant de fait des genres comme le grime, le R&B, le garage ou le rap.Project Alpha et ses répercussions sur les artistes noirs
Après l'abandon du formulaire 696, la police métropolitaine, avec le ministère de l'Intérieur, a lancé Project Alpha en 2019. Destiné à lutter contre la violence liée aux gangs et la délinquance juvénile, ce projet surveille les réseaux sociaux et collabore avec les plateformes en ligne pour censurer l'expression artistique. En 2023, 60,7 % des extraits musicaux retirés par ce projet mettaient en scène des artistes noirs, les genres comme le rap et la drill étant particulièrement ciblés.Le cas de Digga D et les restrictions juridiques
Le rappeur Digga D est l'un des exemples les plus marquants de censure dans ce système. Il a été soumis à une ordonnance de comportement criminel (Criminal Behaviour Order, CBO) qui l'oblige légalement à prévenir la police 24 heures avant la sortie de toute chanson ou de tout clip vidéo. Cette obligation comprend la transmission de l'intégralité des paroles aux forces de l'ordre pour examen, ce qui limite considérablement sa liberté de création.Les conséquences pour le club Colour Factory
Le Colour Factory, un club indépendant et inclusif de Hackney, illustre la pression disproportionnée qui pèse sur la vie nocturne londonienne. Après un coup de couteau mortel survenu devant le club en février 2023, la police a suspendu sa licence, bien qu'elle ait reconnu qu'aucune arme n'avait pénétré dans l'établissement. Le club doit désormais faire face à des frais financiers et juridiques totalisant 55 000 livres sterling.Disparités raciales dans l'octroi des licences d'événements
Le rapport met en évidence une disparité raciale flagrante dans l'octroi des licences d'événements. Alors que les genres comme la pop, l'indie ou le rock ne font l'objet d'aucune surveillance particulière, la musique afro-caribéenne et sud-asiatique subit une suspicion préventive. Les lieux appartenant à des exploitants blancs bénéficient souvent d'un soutien après des incidents, tandis que les espaces destinés en priorité aux minorités sont fermés immédiatement, ce qui entraîne des coûts plus élevés et une autocensure.Réformes proposées pour lutter contre les biais raciaux
Le rapport appelle à des réformes profondes du système d'octroi des licences, notamment des procédures transparentes et fondées sur des faits. Il exige également que les autorités tiennent des registres détaillés des événements visés afin de suivre les inégalités, et qu'elles mettent en place une formation spécifique contre les préjugés raciaux à l'intention des policiers et du personnel des collectivités locales.