Une nouvelle parution du label Aparté propose un mélange de musiques de la période baroque, incluant des concertos d’Antonio Vivaldi, des airs d’opéra, des airs à la vénitienne interprétés par le ténor Zachary Wilder, ainsi qu’un ensemble de ballades anonymes reconstituées par Olivier Fourés. Parmi les temps forts figure l’enregistrement en première mondiale de la Cantate n°2 de Filippo Finazzi, castrat et compositeur qui vécut brièvement à Venise avant de s’imposer en Europe. Cet enregistrement offre un rare aperçu de son héritage musical. Côté instrumental, l’interprétation se distingue, en grande partie grâce au talent virtuose d’Ophélie Gaillard. Dans le Concerto RV 418, son jeu révèle une articulation précise et une technicité éclatante dans les sections Allegro, contrastant avec une atmosphère plus contemplative dans le mouvement central. Le Largo issu du Concerto RV 407 met en valeur le violoncelle Goffriller de 1737 de Gaillard, produisant un son sombre et riche, à la fois expressif et aérien. L’échange entre Gaillard et le violoniste Pablo Valetti dans le Concerto RV 546 est particulièrement remarquable, les deux solistes s’ajustant l’un à l’autre ou superposant leurs interventions avec une maîtrise constante. L’Ensemble Pulcinella assure un soutien rythmique solide, notamment dans le Concerto « Conca » RV 163, vif et enlevé. Les ballades de Fourés sont interprétées avec une couleur folklorique appropriée, rehaussée par les percussions, sans tomber dans une stylisation excessive. L’album présente toutefois quelques limites, notamment dans la prestation vocale de Zoltan Darago. Sa voix de contre-ténor affiche un timbre frais et un phrasé élégant, mais elle souffre aussi de registres inégaux, d’une certaine âpreté et de moments d’hésitation dans l’émission. Dans « Se nemico tu sei », extrait de La Candace, sa voix se tend lors des intervalles rapides, et le registre aigu perd en stabilité. Ce problème se retrouve dans « Il destin che mi sovrasta », issu d’Orlando finto pazzo, où son phrasé trébuche, comme si son souffle peinait à porter les mélodies de Vivaldi. La Cantate de Finazzi, bien que mieux dirigée, réserve encore des défis à Darago, en particulier dans l’air final, qui semble quelque peu laborieux face à l’accompagnement instrumental raffiné.