Une Française a souffert pendant 12 ans de douleurs pelviennes après la pose secrète d'un implant, et lutte désormais pour la reconnaissance et la réforme du système de santé.
Un implant posé sans consentement cause des douleurs durables
Delphine, ancienne infirmière de 57 ans originaire de France, a souffert pendant douze ans de douleurs pelviennes intenses après la pose, sans son consentement, d'une prothèse synthétique appelée « bandelette », lors d'une intervention chirurgicale en 2014 à l'hôpital de Cambrai. L'implant a été posé pendant une opération visant à retirer son utérus à cause de fibromes. Elle n'en a pas été informée et ne l'a découvert qu'à son réveil après l'intervention.Douleur et incrédulité
Delphine décrit la douleur comme « si on m'enfonçait un pieu », et elle a duré douze ans. Certains professionnels de santé ont suggéré que la douleur était d'origine psychologique, ce qui a alourdi son fardeau émotionnel. La douleur a finalement conduit à la perte de son emploi et à une déclaration d'inaptitude au travail, aggravant son deuil de sa fille, Violette, morte à la naissance en 1998.Découverte de risques connus
Delphine a découvert plus tard que les symptômes qu'elle avait ressentis figuraient parmi les effets indésirables connus de la prothèse, dans un document de 2012 de la Haute Autorité de santé. Cette prise de conscience l'a poussée à demander le retrait de l'implant. Elle s'est rendue aux États-Unis en mars 2025, à ses propres frais, pour le faire retirer par le docteur Dionysios Veronikis, qui a constaté que les trois quarts de son vagin avaient été arrachés à la suite de précédentes opérations.Réseaux de soutien et militantisme
Delphine est désormais membre de l'association Balance ta bandelette, fondée par Anne-Laure Castelli, elle aussi victime de complications liées à un implant de type bandelette. Anne-Laure a reçu une bandelette sous-urétrale en 2016 pour traiter une incontinence urinaire, puis a enduré sept années de douleurs avant de se rendre aux États-Unis en 2023 pour le retrait de l'implant. Elle souffre encore de brûlures internes et emporte un coussin lorsqu'elle voyage.Engagement communautaire et militantisme
Cynthia Gagné, originaire du Québec, a créé le réseau de soutien Expérience Ameshée, qui aide les femmes ayant connu des complications liées aux bandelettes. Elle a accompagné environ 500 femmes, dont une centaine de Françaises, qui se sont rendues aux États-Unis pour le retrait de leurs implants. Cynthia constate que les Françaises sont souvent délaissées par le système de santé et souligne l'importance d'accompagner les femmes dans leurs choix concernant leur santé.Enquête journalistique et appels au changement
Dans son livre Les Mal Traitées, la journaliste Liane Courté documente le vécu de femmes comme Delphine et Anne-Laure, qui ont fait face à des complications médicales et à des parcours de soins douloureux. Courté rapporte également le cas d'Élodie, qui s'est rendue en Belgique en 2023 pour une euthanasie après avoir reçu une prothèse sans son consentement, et celui de Karine, qui s'est suicidée en raison d'une douleur insupportable. Courté critique le manque de consentement éclairé dans les pratiques médicales et appelle à une meilleure information et à une meilleure écoute en matière de soins.Controverse persistante et militantisme
Les implants synthétiques comme les bandelettes restent sur le marché en France, alors que le système de santé anglais a suspendu leur utilisation en 2018. Le docteur Veronikis note que des générations de médecins formés à la technique du « mesh » ne savent plus pratiquer la chirurgie reconstructrice vaginale classique. Liane Courté dénonce le manque de crédit accordé à l'expérience des femmes en France et réclame des données consolidées ainsi qu'une surveillance rigoureuse des dispositifs médicaux.Espoir et détermination
Delphine se bat désormais pour que d'autres femmes soient entendues et que leur douleur soit reconnue comme physique, et non psychologique. Elle continue de souffrir des conséquences de l'implant, mais a trouvé une nouvelle détermination. Elle s'investit au sein de l'association Balance ta bandelette et espère profiter de son avenir avec sa famille et ses amis. Elle insiste sur le fait que sa douleur ne était pas dans sa tête, mais dans son corps, et que chaque femme mérite d'être entendue.